RANDONNÉE ET SPÉLÉOLOGIE
SUR  L’ETNA


Lucarne donnant sur un tunnel de lave lors de l'éruption de 1984. Photo Dominique Decobecq.
Lucarne d'un tunnel de lave lors de l'éruption de l'Etna en 1992. Photo Dominique Decobecq.
Lucarne donnant sur un tunnel de lave lors de l'éruption de 1984. Photo Dominique Decobecq.
Lucarne d'un tunnel de lave lors de l'éruption de l'Etna en 1992. Photo Dominique Decobecq.
Lucarne donnant sur un tunnel de lave lors de l'éruption de 1984. Photo Dominique Decobecq.

Mes autres pages sur l'Etna :


 
Le sommet de l'Etna
Les éruptions de l'Etna
La flore de l'Etna
Les facettes de l'Etna en photographies
L'Etna en panoramique
La valle del Bove
L'Etna et la littérature
Comment découvrir l'Etna
Les laves de l'Etna
L'Etna et les liens

 Notre randonnée virtuelle a pour but de faire une partie de la route forestière qui serpente sur la moitié de l’Etna, nous allons à la découverte de deux cavités fameuses de l’Etna : la grotte dei Lamponi et la grotte del Gelo.

 Depuis la petite ville de Linguaglossa au Nord-Est de l’Etna, que l’on peut atteindre par le chemin de fer CircumEtnea, il faut monter en direction de la station Etna-Nord d’où partent les bus du Nord pour le sommet. Vers 1 400 m d’altitude après de nombreux tournants dans une très belle forêt, il faut, quelques mètres avant le refuge tout en bois « Casa Brunek » qui se trouve en montant sur la droite de la route, (panneau en bois du parc national de l’Etna) suivre une piste qui s’enfonce dans ce bois jusqu’à une grande bâtisse, dite la « casermita Pitarrone » des gardes forestiers.
 Si nous sommes en voiture, il faut laisser son véhicule devant cette bâtisse, car nous allons dans quelques centaines de mètres entrer dans les limites du parc où il est formellement interdit d’y circuler en voiture.

 La randonnée se déroule sur la très belle piste de la « forestale » qui passe sous des bois avec parfois des saignées dues à des coulées récentes de 1809, de 1646, de 1923, de 1947. Nous arrivons ensuite sur les magnifiques coulées pahoehoes de l’éruption de 1614-1624.  C’est dans cette coulée (assez rare sur l'Etna, mais courante sur le Kilauea à Hawaii) que se trouvent nos deux cavités.

L’éruption de 1614-1624

 Cette effusion latérale lente selon la détermination de Guy Kieffer (1985) a duré ainsi une dizaine d’années, ayant émis 2 km3 de lave sur plus de 15 km2, s’accumulant sur des dizaines de mètres d’épaisseur, voir 200 à 300 m par endroit. Cette coulée présente ainsi des tumulus de lave de 10 à 20 m de haut, dont le sommet est recouvert de minuscules coulées (quelques centimètres) qui ont dégouliné de ces dômes pour les recouvrir comme un flanc au caramel renversé.
 Il est difficile de retrouver les points d’émission ; cependant il semblerait toujours selon Guy Kieffer (1973) que les Due Pizzi, ces deux très beaux hornitos, qui se trouvent au Nord, vers 2515 m, près du Mont Pizzillo, seraient à l’origine de cette éruption apparemment sans cônes de scories.
 La présence de nombreux tunnels de lave, leur développement important dans cette coulée montre qu’en dehors de la faible viscosité de cette lave, ils ont eu un rôle non négligeable dans l’expansion de cette coulée en surface.
Tumulus de lave sur la coulée de 1614-1624. Photo Dominique Decobecq
 Mis à part la durée, cette éruption présente des coulées pahoehoe (terme hawaiien, en effet ces laves sont abondantes sur le Kilauea et sur le Mauna Loa) très caractéristiques, dites « cicirara » (pois chiche), car elle se caractérise selon Jean-Claude Tanguy (1980) par l’abondance de phénocristaux de plagioclase qui se détachent en relief sur le fond cuivré et doré de la patine de la roche. Cette lave, avec cette morphologie si particulière fut émise durant une centaine d’années au cours des éruptions de 1536, 1537, 1607, 1610, 1614-1624, 1634-36, 1646 et 1651-54, soit un volume total estimé à 4 km3. Selon Guy Kieffer, ces variations si particulières du faciès pétrographique seraient dus à des changement de la structure de l’Etna.
 
Lucarne donnant sur un tunnel de lave lors de l'éruption de 1984. Photo Dominique Decobecq.

 Après une dizaine de minutes, nous arrivons à un croisement, d’où partent plusieurs chemins, dont celui vers le Nord pour la grotte del Gelo ; cependant, avant de cheminer pour cette cavité, nous passons par l'entrée de la grotte dei Lamponi qui se trouve juste au-dessus de la piste.
 
 

La grotte dei Lamponi

 Cette cavité de lave est l’une des plus belles et la plus longue à ce jour de l’Etna (environ 700 mètres de développement). Sans matériel, mis à part une lampe, il est possible de descendre facilement dans cette première entrée, la voûte s’étant effondrée. Quand nous prenons pied dans cet antre et que les yeux se sont habitués aux ténèbres, nous nous apercevons qu’il y a une branche amont et une branche aval.
 
Lucarne d'un tunnel de lave lors de l'éruption de l'Etna en 1984. Photo Dominique Decobecq. Lucarne d'un tunnel de lave. Photo Dominique Decobecq.

 La branche aval est longue d'environ 300 m. Elle ne présente aucune ouverture, même si de nombreux blocs effondrés parsèment l’itinéraire. On aboutit à une immense salle, vaste chaos titanesque de blocs qui sont tombés du plafond.
 La branche amont est plus longue mais elle est aussi très agréable car les effondrements sont moins importants, et par des lucarnes (trois), parfois très importantes, la lumière du jour y crève les ténèbres. Ce qui permet de bien observer la forme quasi-circulaire de ce tunnel, avec quelques banquettes sur les côtes qui témoignent des différents niveaux de la lave lorsqu'elle se trouvait dans cette conduite naturelle.

La grotte del Gelo

Cette grotte est un véritable mythe pour les randonneurs et spéléos siciliens, en effet, c’est une « glaciaire », qui contient un petit glacier éternel. Pour la découvrir, il faut partir de la grotte dei Lamponi et monter vers le Nord, pendant une heure et demi à travers essentiellement la coulée de 1614-1624, en suivant un chemin balisé de cairns, de peinture blanche et de numéros tracés (le numéro 60 au départ du sentier, pour atteindre le numéro 1 à la grotte del Gelo). Cet itinéraire, s’il ne présente pas de dangers effectifs, ne doit pas être emprunté si l’on est tout seul, ou par temps de brouillard car l’on peut, malgré le balisage, se perdre facilement dans cet univers de pierre.
    Après avoir ahané durement lors de cette ascension, tout en passant à côté de magnifiques tumulus et de quelques entrées de tunnels de lave, nous arrivons sur un replat sableux avec pas très loin le point d’émission de la coulée de 1981, avec son graben. L’entrée de la grotte del Gelo, qui faillit disparaître avec cette éruption, se trouve juste là : un trou d’une vingtaine de mètres de diamètre avec un névé. Une descente d’une dizaine de mètres permet d’atteindre la galerie principale dont le sol est constitué de glace et de pierre. En marchant, avec attention sur le côté, l’on avance sur une trentaine de mètres pour atteindre une pente glacée, il y a des marches qui permettent de descendre pour atteindre une galerie glacée très belle qui passe sous le glacier et qui atteint une petite salle glacée qui se trouve sous la galerie principale.
    La redescente vers la piste principale de la « forestale » demande environ 1 heure. Du croisement on peut repartir sur ses pas au continuer la piste vers le Nord, pour atteindre au bout d’une demi-heure le refuge du Monte Santa-Maria, qui n’est pas marqué sur les cartes. Ce refuge est neuf, et ouvert mais il n’y a, à la différence de la plupart des refuges de la « forestale », de citerne d’eau, il faut donc amener de quoi se désaltérer.

 Bibliographie :
— (collectif) Etna un vulcano una civilità. Giuseppe Maimone Editore. 249 p.
— Dominique Decobecq (1987) : la formation des tunnels de lave. Bulletin LAVE n°11.
— Guy Kieffer (1985) : évolution structurale d’un grand volcan polygénique : stades d’édification et activité actuelle de l’Etna (Sicile). Thèse de doctorat es sciences. Clermont-Ferrand, 497 p.
— Guy Kieffer (1976) : éruptions excentriques ou éruptions latérales d’origine profonde : réflexion sur le mécanisme d’un bon nombre d’éruptions des bas et moyens versants de l’Etna (Sicile). C.R. Ac. Sc.1281-1284.
— Guy Kieffer (1973) : un type important d’éruptions de l’Etna (Sicile) : les effusions latérales lentes. C.R.Ac. Sci. D. 277, 1849-1852.
— di Giuseppe M. Licitra (1985) : L’Etna e le sue grotte. Speleologia 13, 24 à 29.
— Jean-Claude Tanguy (1980) : L’Etna, Étude pétrologique et paléomagnétique. Implications volcanologiques. Thèse Doc Etat. Université Paris VI, 618 p.
—  Jean-Claude Tanguy et Giuseppe Patané (1998) : L’Etna et le monde des volcans (Diderot éditeurs).
onde des olcans (Diderot éditeurs, 1998).