Teide (île de Tenerife, Canaries, Espagne)

Latitude : 28° 271 Nord
Longitude : 16° 641 Ouest
Altitude : 3 718 m
 

Le volcan de Teide culmine à 3 718 mètres d'altitude (le plus haut sommet d'Espagne) dans l'île de Tenerife, au centre de l'archipel des Canaries avec tout proche l'île de la Goméra et l'île de La Palma (où s'est produit la dernière éruption des îles Canaries en 1971, au volcan de Teneguia) .
Le Teide se dresse au centre d'une importante caldeira nommée Las Cañadas (une grande structure effondrée de près de 15 km d'est en ouest avec par endroit des falaises de plus de 500 m de hauteur). Le plancher de cette caldeira est situé à une altitude moyenne de 2 000 à 2 250 mètres.

Cette image traitée, prise par la Navette spatiale américaine, permet de bien visualiser l'énorme caldeira de Las Cañadas. On devrait dire les caldeiras. L'image montre bien que Las Cañadas est le produit de la coalescence de plusieurs caldeiras. L'image révèle bien que la pointe Nord-Est de Tenerife est plus ancienne (8 Ma), par rapport au reste de l'île. Photo d'après NASA, retravaillée : Dominique Decobecq.
 

Las Cañadas est le prévolcan du Teide, c'est d'une certaine façon l'ancêtre du Teide.
Les formations les plus anciennes de Las Cañadas sont vieilles de 3,5 millions d'années, elles prennent assises sur des coulées de basalte encore plus anciennes et caractéristiques d'un volcan bouclier mis en place entre 4 et 3,5 millions d'années. Las Cañadas va s'édifier grâce à une succession de coulées de basalte et de trachybasalte pour atteindre une altitude d'environ 3 000 m et un diamètre à la base de 20 km. Mais, un volcan est un édifice instable, c'est d'une certaine façon un gros tas de sable, et c'est ainsi, que vers 2,6 et 2,3 millions d'années, de gros glissements se sont produits vers le nord. Après cette période de glissement, le volcan recommence son travail d'édification avec des basaltes mais surtout des laves  chimiquement différenciées : des trachytes et des ignimbrites phonolitiques qui  témoignent de l'existence d'une chambre magmatique. Ainsi, de 2,3 à 1,3 millions d'années les éruptions sont très explosives avec la mise en place d'une caldeira dite d'effondrement.

Depuis 0,2 Ma, l'activité volcanique se concentre sur le stratovolcan, le Pico del Teide, édifié au centre de la caldeira (17 x 10 km). El Piton, le cône terminal se présente comme un cratère de 70 m de diamètre et de 40 m de profondeur. Les produits émis varient des coulées de basaltes et trachytes (Pico Viejo, 3103 m) aux phonolites sous la forme de coulées visqueuses (Teide) ou de dômes (Montana Blanca, Montana Rojada) remplissant progressivement le fond de la caldeira.
Des éruptions historiques se sont produites en 1150 (?), 1341, 1396, 1400, 1430, 1444 (?), 1492 (observée par Christophe Colomb, lors de son escale avant sa route pour l'Amérique), Siete Fuentes, Fasnia, Guimar : 1704-5 (87 j) ; Montaña Negra : 1706 (39 j), détruisant le village de Tanque et le port de Garachico ; Chahorra : 1798 (97 j) au pied Sud-Est du Teide, à l'intérieur de la caldeira de Las Canadas ; Chinyero : 1909 (9 j). Depuis c'est le repos du volcan. Mais on voit que la fréquence des éruptions est du domaine du siècle. Donc, la probabilité d'une prochaine éruption augmente au fil des années.

Le volcan de Guimar, Teide, Photo Dominique Decobecq

 Les pentes du Teide sont très raides (plus de 30°) et nappées de sombres coulées de phonolites. Son cratère sommital mesure seulement 70 mètres de diamètre pour 45 mètres de profondeur et n'émet que quelques fumerolles. La plupart des éruptions récentes sont de type latéral et effusive.

Le Pico Viejo, un volcan adventif du Teide. Photo Dominique Decobecq

 Le Teide est flanqué d'un autre stratovolcan de taille plus modeste : le Pico Viejo ou Chahorra couronné par une petite caldeira de 800 mètres de diamètre et de 150 mètres de profondeur dont l'extrémité occidentale est occupée par un cratère d'une centaine de mètres de profondeur.
 

Le Teide est l'histoire de la volcanologie

 Le Teide a eu un rôle non négligeable dans l'histoire de la volcanologie, en effet, les savants du 19e siècle lors de leur traversée de l'Atlantique vers  l'Amérique, faisaient escale aux Canaries. Ils découvraient alors déjà un monde extraordinaire, avec cette montagne si particulière le Teide. Le Teide sera le domaine privilégié des savants allemands.

Le Le Teide observé depuis son flanc sud-ouest. Photo Dominique Decobecq

 C'est ainsi que Von Humboldt s'arrête en 1799 (19-25 juin) à Tenerife lors de son fameux voyage aux Amériques où il gravira d'autres volcans comme le Chimborazo, et le Guagua Pichincha. Il grimpe au sommet du Teide : " Le pic de Teyde est une immense montagne basaltique qui paraît reposer sur de la pierre calcaire dense et secondaire. C'est la même qu'avec beaucoup de pierre à fusil on trouve au cap Noir, en Afrique, la même sur laquelle reposent les basaltes de saint Loup, près d'Agde et ceux du Portugal. Voyez avec quelle uniformité le globe est construit ! Les Açores, les Canaries, les îles du Cap Vert ne paraissent être que la continuation des formations basaltiques de Lisbonne..".  Il présentera d'ailleurs une gravure de "l'intérieur du cratère du Pic de Ténériffe" dans son livre monumental, un véritable atlas, : "Vue des Cordillères et monuments des peuples de l'Amérique". Avec une observation pertinente de Humboldt :  "Depuis des siècles, le Pic de Ténériffe, dont la hauteur perpendiculaire est de plus de dix-neuf cents toises, n'agit que par des éruptions latérales. La dernière de ces éruptions est celle de Chahorra qui a eu lieu en 1798."

 Manquant de se croiser, débarque à Tenerife, en 1800, Jean Baptiste Geneviève Marie Bory de Saint-Vincent. Il était le savant de l'expédition du capitaine Nicolas Baudin, pour l'île de la Réunion, à l'époque l'île Bourbon. Il échantillonne des morceaux de lave et les plantes spécifiques aux Canaries. Il fait également le récit de l'éruption, qui vient juste de se produire et dont parle Humboldt.

caldeia de Las Canadas du Teide. Photo Dominique Decobecq.
Un autre allemand s'intéresse aux volcans, il est aussi baron, c'est Léopold von Buch, sillonnant les volcans d'Europe, il passe aux Canaries et publie, en 1836, un traité de volcanologie : "Description physique des Iles Canaries, suivie d'une indication des principaux volcans du globe". Pour Von Buch les volcans sont des cratères de soulèvement. Cette théorie va donner lieu à une sévère polémique avec les tenants des cratères formés par accumulation de cendres et de scories autour de la bouche éruptive. La preuve en sera fait avec la naissance éphémère de l'île Julia, que décrit, en 1831, Constant Prévost. En fait, Léopold Von Buch s'est égaré dans sa théorie car il avait visité la chaîne des Puys, en Auvergne qui a pour particularité de présenter en dehors des cônes de scories des dômes comme le Sarcoui, le Clierzou,  le puy de Dôme, le Petit-Suchet, et même comme le puy Chopine, un dôme aiguille avec un panneau de granite à son sommet.
Pour Von Buch, les cratères se forment au sommet de ces dômes par effondrement, c'est ainsi que pour lui une caldeira était due à  éclatement de la proéminence.
En fait il faut attendre 1867, quand Karl von Fritsch, George Hartung et W. Reiss, publient "Tenerife, geologisch topographisch dargestellt. Ein Beitrag zur Kenntniss vulkanischer Gebirge". Dans cet ouvrage très rigoureux, caractéristique de l'école allemande, avec, par exemple, Sartorius von Walterhausen, qui fit le même travail sur l'Etna, nos volcanologues allemands énoncent l'idée de la caldeira d'effondrement due à l'expulsion des matériaux fragmentés de volume colossal émis avec violence lors des grandes explosions avec émission de ponces. Cette découverte, conforte la même idée de caldeira d'effondrement émise par Ferdinand Fouqué, suite à son travail sur Santorin

Les éruptions historiques des îles Canaries

Ile
Année
Volcan
Surface des coulées
Durée de l'éruption en jours
Nature pétrographique des laves
 La Palma
1971
Teneguia
3,1 km2 25 jours
La Palma
1949
Duraznero - Hoyo Negro
4,8 km2 38 jours Basanite et téphrite
Tenerife
1909
Chinyero
1,5 km2 10 jours Téphrite
Lanzarote
1824
Tao - Nuevo del Fuego - Tinguaton
5,0 km2 77 jours Basanite
Tenerife
9 juin-8 août 1798
Chahorra (Las Narices del Teide)
4,7 km2 92 jours Téphrite
Lanzarote
1730-36
Timanfaya
200 km²  6 ans Composition qui est passée d'une basanite à un basalte-alcalin puis à une tholéite

Des enclaves de péridotite et de dunite dans les bombes volcaniques

La Palma
1712
El Charco
10,2 km² 56 jours
Tenerife
5 mai 1706-14 mai 1706
Garachico (destruction du port)
 10,2  km² 9 jours  Téphrite
Tenerife
5-13 février 1705
Volcan de Fasnia
9 jours Basanite
Tenerife
2 février 1705
Volcan de Guimar
6,7 km² 26 jours Basanite
Tenerife
31 décembre 1704
Siete Fuentes
1,5 jour ?
Basanite
La Palma
1677
Fuencaliente (San Antonio) 
4,5 km² 65 jours
La Palma
1646
Martin 
7,0 km² 78 jours
La Palma
1585
Jedey
3,7 km² 84 jours
Tenerife 1492 ? Montana Reventada Phonolite
Tenerife 1430 ? Montana de los Frailes Téphrite

Pour en savoir plus :

  • Sur cette page  les études consacrées à la géologie et à la volcanologie de La Palma et d’El Hierro (Canaries Ouest).

  • http://www.csic.es/estudios_geol/previo/vol57-5-6.html
  • Le site américain Volcano World  qui permet de découvrir La Palma, Hierro, Tenerife, Gran Canaria, Fuerteventura et Lanzarote.

  • http://www.hrw.com/science/si-science/earth/tectonics/volcano/volcano/region18/canary.html
  • Le site du téléphérique du pic de Teide avec de nombreux renseignements pratiques :

  • Références :
    Bory de Saint-Vincent qui étudia le piton de la Fournaise étudia aussi les îles Canaries :  le texte complet de "Essais sur les isles Fortunées et l'antique Atlantide. Baudoin, 1803" est disponible sur le site du Max Planck Institute pour l'histoire des sciences : http://humboldt.mpiwg-berlin.mpg.de/Bory_LiSe/