Le Popocatepetl (Mexique)


Longitude : 96° 622 O
Latitude : 19° 023  N
Altitude : 5465 ou 5452 m selon les sources

Le Popocatepetl est l'un des volcans très actifs du Mexique avec l'Orizaba, le Colima, le Chichon, le Tacana, le Cerobuco et le dernier-né le Paricutin. Il se situe à 60 km au sud-est de la ville de Mexico. Cependant, l'activité historique du Popocatepetl semble être imitée à des émissions épisodiques de cendres. En effet, la seule éruption importante a eu lieu vers 1530. D’autres épisodes se seraient produits de 1519 à 1592 (7 éruptions), entre 1642 et 1697 (4 éruptions), en 1720 et de 1802 à 1804.
Eruption du Popocatepetl (1920). Document Dominique Decobecq
En 1920, 1933, 1943 et 1947 des explosions se sont produites dans le cratère. Aucune coulée n’a été signalée pendant la période historique.  Cependant, des datations au carbone 14 réalisées sur des bois carbonisés et sur des anciens sols protégés par des retombées de ponces et de cendres traduiraient l'existence d'une activité importante, souvent à caractère cataclysmique. Ainsi, selon les volcanologues, un niveau important de ponces (50 cm à 1 m) sur les versants Nord et Est, aurait 965 +/- 60 ans (âge avant J.-C.), tandis qu'un important dépôt de cendres grises, bien observable sur le flanc Nord, aurait 450 ans.

 Sa nouvelle activité a commencé  le 21 décembre 1994, après une période de deux ans d’augmentation de la sismicité, du taux d’émission de SO2 et de l’activité fumerollienne, avec à la fin octobre 1994, un accroissement, du nombre quotidien de tremblements de terre. Le 21 décembre se produit une explosion phréatique au sommet. Pour la première fois depuis des dizaines d’années, un panache de cendres s’éleva de 100 à 500 m au-dessus du cratère avec des pulsations séparées par des intervalles de 1 à 5 minutes ; des chutes de cendres étaient signalées sur la ville de Puebla, à 45 km du volcan.
 Un nouvel accroissement de la sismicité le lendemain amenait la protection civile et les scientifiques à évacuer 31 000 personnes vivant dans les villages les plus vulnérables à l’est du volcan.
A partir du mois de mars 1996, se produit une succession de construction et de destruction du dôme qui s'est installé dans le cratère.
L’activité explosive se manifestait  par l’émission de panaches de cendres de plusieurs kilomètres de haut (14 juillet, 4 août et 4 septembre 2000).

Le 18 décembre 2000,  un trémor de fort amplitude était détecté à 17h25, suivi peu après de  retombées de cendres et de rougeoiements nettement visibles au-dessus du cratère. A 19h13, une série d’explosions modérées projetta des fragments incandescents à 1 km de distance et le panache de cendres monta à plus de 4 km de haut. Le 19 décembre 2000, l’alerte fut portée au  niveau  3, la zone d’exclusion fut portée de 10 km à 24 km, en raison de la crainte de lahars, comme ce qui est arrivé au Nevado del Ruiz . Les autorités ont alors demandé aux 50 000 personnes résidant dans les villes autour du volcan de quitter les lieux.
Le 20 décembre 2000, l’activité du volcan retombait à un niveau relativement faible.

 Le risque le plus important, si l'activité augmente, est la fusion du glacier présent au sommet. La fonte de ce glacier peut engendrer des coulées boueuses qui peuvent atteindre en quelques heures des villes situées à plus de 40 km du volcan. Le risque est aussi celui des perturbations dans le trafic aérien si des explosions de cendres sont importantes.

Pour voir le Popocatetl en direct et obtenir plus d'informations :

http://www. cenapred.unam.mx/~jfg/mvolcan/mvolcan.cgi
 
 

Historique : la première ascension du Popocatepetl en 1519

En 1519, la soudaine éruption du Popocatepetl avait beaucoup inquiété les habitants de l’Anahuac, qui voyaient là le présage certain d’événements défavorables. Ils établirent immédiatement un rapport entre les manifestations de la montagne et l’arrivée de cette poignée d’Espagnols qui avaient vaincu les guerriers tlacaltèques avant de vaincre les Aztèques.
    Cortés apprendra le caractère sacré du Popocateptl qui semait la terreur parmi les Indiens. Aussi approuva-t-il fort l’idée d’un jeune capitaine nommé Ordáz qui lui proposait d’en faire l’ascension. Il estima cette entreprise propre à augmenter le prestige espagnol en frappant d’un grand coup l’imagination des indigènes.Cet exploit, pour l’époque, fut utilisé, comme les chevaux et les canons (inconnus des indiens), par Cortés pour accroître son ascendance et son aura sur le peuple Aztèque. En effet, les Espagnols furent pris pour des Dieux, les fils du dieu civilisateur Quetzalcoatl, qui devait revenir. Ainsi, Cortés rapporte les paroles du roi Moctezuma :

« …Nous avons toujours cru, depuis, que ses descendants (de Quetzalcoatl) reviendraient un jour pour conquérir notre pays et faire de nous ses sujets ; et d’après la partie du monde d’où vous me dites venir, qui est celle d’où le soleil se lève, et les choses que vous me contez du grand roi qui vous a envoyés (Charles Quint), nous sommes persuadés que c’est lui notre véritable seigneur… »

    Le Popocatepetl était aussi une montagne stratégique puisqu’elle renfermait du soufre nécessaire pour fabriquer la poudre noire qui participait à cette supériorité des Espagnols.

    Ordáz se mit en route avec neuf compagnons et un chef indien suivi de quelques porteurs. Les Espagnols traversèrent deux larges « barrancas » (gorges), puis arrivés au pied du cône, gagnèrent en hauteur sur ses pentes doucement inclinées. Pour atteindre le point nommé « Las Cruces », où les flancs de la montagne se redressent subitement. A partir de Las Cruces, une lave noire, refroidie en fragments irréguliers, parsème la cendre. On atteint bientôt le niveau du Ventorillo, groupe de monolithes rappelant certains clochers d’église et qu’on laisse à droite sur le flanc Nord. Plus à l’Est, le chemin est libre et permet, sans difficulté, d’arriver dans les champs de neige, à 4 800 m d’altitude. C’est là que les Espagnols trouvèrent des obstacles imprévisibles. D’abord la raréfaction de l’air mit leur cœur et leur respiration à rude épreuve. Mal équipés, ils gravissaient une pente où la neige, gelée du matin, permet difficilement au pied de se poser quand il n’est pas muni de crampons. Les récits de l’époque racontent que les aventuriers étaient chaussés de sandales. Ils s’épuisaient. Les Espagnols s’arrêtèrent alors pendant une heure, le temps de laisser passer une petite éruption du volcan.Ordáz et ses compagnons reprirent péniblement leur montée. A en croire leur récit, ils arrivèrent non loin du cratère. A ce moment là il y eut une éruption et ils décidèrent donc de redescendre, mais afin de prouver aux indigènes la véracité de leurs récits, ils emportèrent des blocs de glace.

 L’effet produit par cette expédition fut immense. Cortés se déclara satisfait de l’entreprise. Il écrivit une lettre à l'empereur Charles-Quint dans ces termes :
 « A 8 lieues de Cholula se trouvent deux montagnes très élevées et admirables de beauté. Celle-ci réside dans le fait qu’à fin août (saison des pluies) elles sont complètement couvertes de neige. De l’une sort, de nuit comme de jour, une colonne de fumée qui jaillit au sommet de la montagne et monte jusqu’aux nuées, droite comme un vire-flèche.
 » D’autre part, tant paraît la force de la montagne que le vent n’arrive pas à faire fléchir cette colonne sur le haut de la cime. Je désirerais faire à Votre Majesté un récit particulier de cela. Il me semblait merveilleux d’apprendre le secret de cette montagne et j’envoyai dix de mes compagnons les plus aptes avec quelques naturels pour les guider. Je leur ordonnai de gravir cette montagne et d’apprendre le secret de cette fumée, d’où elle venait et comment elle pouvait bien se donner jour.
 » Ceux-ci partirent et eurent fort à faire pour gravir, mais ne purent arriver jusqu’au sommet à cause de la quantité de neige, des tourbillons de cendres et du grand froid. Cependant ils parvinrent très près de la cime. A ce moment, il y eut une éruption avec tant de fumées et qui sortaient avec une telle impétuosité et un tel bruit que toute la montagne  semblait sur le point de s’écrouler. Ils coupèrent des fragments de glace et de neige afin que nous les vissions, parce que cela nous semblait être une chose bien nouvelle dans cette terre chaude, ce qui est bien jusqu’ici l’avis des guides. »

 Charles-Quint récompensa cet exploit et fit don à Ordáz d’un titre de noblesse avec comme armoirie : une montagne ardente sur fond de gueules.
Deux années plus tard, alors que Cortés avait terminé la conquête de Mexico, il envoya une autre expédition au Popocatepetl sous le commandement de Francisco de Montano. Le but, cette fois, était de procéder à un réapprovisionnement en soufre.

Dès 1521, le Popocatepetl était retombé dans une période d’inactivité qui devait durer jusqu’en 1539, époque où se produisit une nouvelle éruption. Cette fois les Espagnols, au nombre de cinq, prirent non la route de Cholula, mais celle qui conduit directement à Amecameca à travers le Valle de Mexico, sur une distance de 65 km. Mieux équipés, instruits par l’expérience d’Ordáz, ils ne pouvaient échouer. Aussi, après sept heures de marche, arrivèrent-ils au sommet. Du coup, Montano découvrit le secret qui avait tant intéressé Cortés. Il vit au fond du cratère un cône d’où jaillissaient une pâle flamme et des vapeurs jaunes. La base de ce cône - qui pouvait mesurer à peu près 50 m de hauteur - était parsemée de fumerolles semblables à autant d’ulcères. Les parois du cratère, à pic, laissaient voir à nu une roche jaunie par les dépôts de soufre. Hâtivement, les Espagnols installèrent leur treuil, et Montano se fit descendre au moyen d’une corbeille jusqu’à la hauteur des sublimés. Plusieurs fois, le treuil ramena des charges de soufre, puis, quand la quantité fut jugée suffisante, la corbeille remonta l’explorateur sur le bord du cratère.

 Bibliographie : Hernán Cortés, La conquête du Mexique. La découverte/Poche. Coll Littératures et voyages (traduction de Désiré Charnay).