Le Volcan du Mont Dore
Le Volcan du Sancy
Le massif du Mont-Dore, qui se trouve au cœur du Massif Central Français, est coincé entre la Chaîne des Puys, au Nord, et le massif du Cézallier, au Sud. D’une étendue d’environ 500 km2, il se présente selon une forme elliptique d’axe Nord-Sud de 35 km pour un axe Est-Ouest de 15 km.
Le puy de Montcineyre et le puy de Montchal (des cônes stromboliens), et au loin le massif du Mont-Dore, avec plus particulièrement le Sancy, un strato-volcan (Photo D. Decobecq).
Ce massif volcanique, par sa superficie, le volume des produits émis et sa « durée de vie » (au moins 4 millions d’années), présente une histoire très complexe, qu’il est difficile de reconstituer par rapport à des volcans « simples », comme ceux de la chaîne des Puys. Cependant, l’apport de la radiochronologie, des nombreuses études pétrographiques, de terrain et de géophysique ont permis de mieux comprendre les grandes étapes de sa mise en place.
Le premier signe de l’activité volcanique dans cette région remonterait à 15, 2 +/- 0,8 M.A., suite à une datation sur un basalte des environs de Tauves (Berger et al., 1979). Celui-ci est riche en nodules de péridotite à structure mosaïque ; structure qui traduirait qu’à cette époque, il y avait déjà un fluage du manteau supérieur. Cette coulée de basalte est, cependant, à rattacher au volcanisme dit de Limagne. Selon Baubron et Cantagrel (1980) à la suite de ce volcanisme, il se produit une phase d’érosion importante. Puis, vers 6 M.A. et jusqu’à 3 M.A., se produit l’émission de produits éruptifs caractéristiques d’une série alcaline régionale. Ensuite, grâce à plusieurs campagnes de datations (Bellon et al., 1972 ; Cantagrel et Baubron, 1983), il apparaît que dans le temps et dans l’espace le massif du Mont-Dore peut être séparé en deux volcans distincts :
le volcan du Mont-Dore et le volcan du Sancy, point culminant de ce massif avec 1 886 m d’altitude.
Ces deux volcans ont une caractéristique commune : une caldeira. Notre article montre pour chaque volcan la démarche différente et complémentaire, pour retrouver les témoins, les indices, et les modèles afin de situer ces caldeiras sur le terrain.
Définition d’une caldeira
D’après les travaux de H. Williams (1942),
R.L. Smith (1960), H. Williams et W. Mac Birney (1979), une caldeira —
vaste dépression volcanique, de forme plus ou moins circulaire ou
elliptique —, résulte de l’effondrement du toit d’un réservoir
magmatique superficiel consécutif à l’émission d’un
important volume de matériaux pyroclastiques. Dans le cas d’un volcanisme
« acide », avec l’apparition de laves riches en silice (dacites,
trachytes, rhyolites), ces dernières se mettent en place sous forme
d’écoulements pyroclastiques de cendres et de ponces — des ignimbrites
— dont l’extension, autour des points de sortie, est considérable
; ils ennoient tous les reliefs préexistants et l’épaisseur
de leurs dépôts peut être inférieure à
50 m s’ils sont densément soudés (G.L.P. Walker, 1983)
Depuis que P. Glangeaud (1917) a montré l’existence d’un effondrement à l’intérieur de la région du Mont-Dore et de la Bourboule, l’âge, l’importance, ainsi que la limite de cet accident varient selon les auteurs. En effet, la seule limite visible à l’affleurement est restreinte au miroir de faille, de direction Nord 40 °, dit de Choussy, dans la ville de la Bourboule.
La caldeira ou les caldeiras
du volcan du Mont-Dore ?
Louis Glangeaud (1940), le fils de Philippe Glangeaud,
évoque, vingt ans plus tard, l’idée d’une fosse volcano-tectonique
de forme triangulaire avec trois failles importantes de direction Nord-Sud,
Nord-Ouest—Sud-Est et Sud-Ouest—Nord-Est, formant le fossé d’effondrement
dit de « La Bourboule-Le Mont-Dore ». Glangeaud (1965) appuie
son hypothèse par une étude d’anomalies gravimétriques
(Coron et al., 1964) mettant en évidence les failles principales.
La gravimétrie ainsi que la magnéto-tellurique et l’électromagnétisme
(Varet et al., 1980) montrent une forte anomalie négative au cœur
de la vallée de Haute-Dordogne. Cette anomalie témoignant
d’un remplissage de matériel détritique léger (des
ponces). Les sondages électriques (Varet et al. 1980) ainsi que
la sismique réfraction, indiquent la présence au cœur du
Mont-Dore d’une épaisseur de 500 m à 1 000 m de terrain conducteur,
correspondant au remplissage de cette caldeira.
La vallée de la haute Dordogne dans le massif volcanique
du mont-Dore, et la ville thermale de la Bourboule.
photo Dominique Decobecq
Une grande caldeira ?
Brousse (1960, 1961) propose une fosse volcano-tectonique
de forme polygonale d’une dimension de 8 x 13 km en se basant sur les points
de sortie des laves les plus différenciées et en particulier
les dômes de phonolite et de trachyphonolite de Sanadoire, Tuilière,
Roc Blanc, Pédaire...
Cette structure semble être en accord avec
les données géophysiques collectées (Varet et al.,
1980) : la magnétométrie aéroportée donne une
cartographie du champ magnétique correspondant à une caldeira
située au Nord-Ouest d’une très large structure centrée
sous le Sancy ; la polarisation spontanée montre une forte anomalie
négative, à l’aplomb de la limite Est de la caldeira, témoin
d’une facturation avec une importante circulation d’eau.
Des prospections (Corinne Hulot, 1988) électriques,
magnéto-telluriques audio et basse fréquences et sismiques
montrent une discontinuité majeure qui se situe légèrement
au Sud de la Banne d’Ordanche et se poursuit jusqu’au lac de Guéry.
L’étude tridimensionnelle sur la variation
de vitesse et d’absorption des ondes sismiques (Nercessian et al., 1984)
a permis de réaliser des coupes et des plans interprétatifs
jusqu’à 7 km de profondeur. Ainsi, de 0 à 2 km de profondeur
il apparaît une zone circulaire de faible vitesse dont le diamètre
est de 10 km. Cette zone de faible vitesse fait place, entre 2 et 4 km
de profondeur, à une zone de haute vitesse qui est interprétée
comme le toit d’une structure pouvant être assimilée à
un complexe subvolcanique.
Une petite caldeira ?
Vincent (1979) émet l’hypothèse
d’une caldeira de plus petite taille, dite de « Haute Dordogne »,
peu développée vers le Nord et dont le dôme de la Gacherie
serait un jalon de la bordure Nord. Vincent (1980) en précise les
limites : forme elliptique pour une surface de 18 km2.
Mossand et al. (1982) reprennent le travail de
Vincent et proposent une caldeira de 20 km2 de surface. Les
limites proposées se réfèrent aux contours des coulées
descendant dans la vallée de Haute-Dordogne et au tracé semi-circulaire
de la Dordogne, qui buterait contre la faille bordière de la caldeira.
L’émergence de sources thermominérales le long de la Dordogne
se ferait par l’intermédiaire de cette même faille bordière.
Pour ces auteurs, il existe une tectonique Est-Ouest visible dans certains
affleurements de la rive droite de la Dordogne.
Quand cet événement
s’est-il réalisé ?
La controverse sur la forme et les limites de
la caldeira, se reflète aussi sur l’époque de sa formation.
Selon la première interprétation c’est au cours de plusieurs
éruptions paroxysmales, qui se sont produites sur une durée
le temps de plusieurs millions d’années, que s’est mise en place
une caldeira. La seconde interprétation y voit plutôt un phénomène
soudain et unique à l’origine de la création de la caldeira
du Mont-Dore, à l’instar de ce qui s’est produit, en 1991, au
Pinatubo aux Philippines, avec la formation, en quelques jours, d’une
caldeira de 2,5 km de diamètre.
Interprétation volcanologique
dans la durée
Dans la connaissance des processus éruptifs
à l’origine de la caldeira du Mont-Dore, il y a d’abord eu une étude
stratigraphique (Brousse, 1963). Celle-ci a utilisé les nappes de
ponces, anciennement désignées du nom de « cinérites
», comme niveau repère. En effet, ces nappes ont une répartition
sur l’ensemble du massif, et elles correspondent à des phases importantes
dans l’édification du Mont-Dore. La caldeira, selon cette étude,
se serait formée progressivement avec une configuration définitive,
il y a 3 M.A. Ensuite, l’activité se déroule à la
périphérie.
Les premières datations K-Ar faites directement sur ces niveaux repères (Bellon et al., 1972), et l’étude plus détaillée des nappes de ponces par Ménard (1979), indiquent une activité explosive continue, qui se serait déroulée entre 8,3 M.A. et 3 M.A. avec la production de nombreuses nappes de ponces :
Ces auteurs regroupent les différentes nappes de ponces, ainsi que les nappes supérieures situées au nord du massif du Mont-Dore (à l’exclusion des nappes terminales), en une seule : la « grande nappe ». En effet, toujours selon ces auteurs, pour former une caldeira, il faut une émission importante de ponces sur une large extension latérale. L’âge de l’émission est fixé par fourchette, ces auteurs se réfèrent à un niveau de pyroclastites situé au-dessus de la « grande nappe ».
Ce niveau, le « complexe intermédiaire
» est caractérisé par la présence de perlites
et de perles séparées. Ces éléments sont interprétés
comme des xénolites appartenant au dôme rhyolitique de la
Gacherie daté à 2,25 M.A. +/- 0,10 M.A. (Baubron et
Cantagrel, 1980). L’époque de la formation de la caldeira est donc
fixée à 2,25 M.A. par Mossand et al. (1982).
Dans cette conception, le volcanisme sensu stricto
du Mont-Dore débuterait à la formation de cette unique caldeira.
Volume des ponces du massif
Mont-Dore
Le volume initial de ce massif est estimé
à 220 km3, mais l’érosion, plus particulièrement
d’origine glaciaire, aurait dégagé près de 100 km3
de matériaux (Brousse, 1971).
La nappe de Rochefort-Montagne (Pierre Lavina, en bas de la photo, nous donne l'échelle, pour appréhender l'épaisseur de la nappe de ponces de Rochefort-Montagne) Photo Dominique Decobecq.
Surface des ponces
L’estimation, pour la partie centrale du massif
du Mont-Dore, des surfaces d’affleurements des ponces donne 18,5 km2
pour l’ensemble des nappes du Mont-Dore (23,5 % de la surface) et 15 km2
pour
les nappes du massif du Sancy (14 % de la surface). En pourcentage de roches
émises, selon Brousse (1961) les ponces représenteraient
11 % (7,4 % pour Villemant, 1979) et les rhyolites 0,5 % du volume total
émis.
Volume des ponces du Mont-Dore
Le volume de ponces, dont l’émission est
à l’origine de la caldeira du Mont-Dore, varie selon la taille de
celle-ci : pour Brousse (1971), R. Julien (1988) le volume émis
serait de 11 km3, et pour Mossand (1984), le volume émis
est moins important, il serait de 8,4 km3.
Le volume en roche compacte pour l’ensemble des
ponces du Mont-Dore passe à 5 km3 si l’on ramène
la densité des ponces (1,1) à celles des rhyolites (2,4)
(Brousse, 1971). Vincent (1980) estime que le volume initial de la «
grande nappe » est de 5 km3 de lave compacte pour un effondrement
d’environ 360 mètres. Mossand (1984) propose un volume de 3,2 km3
pour la « grande nappe » avant expansion et sans y inclure
les fragments de socle estimé à 1,8 km3 (ce qui
nous semble important, car il n’y a pas autant d’enclaves de socle dans
les nappes de ponces).
Les laves du Mont-Dore
Les laves et produits pyroclastiques du Mont-Dore
sont très variés. Ils appartiennent à une série
alcaline à tendance potassique avec une évolution par cristallisation
fractionnée depuis un basalte alcalin jusqu’à des trachytes,
des rhyolites et des phonolites.
L’existence de termes différenciés
sous-saturés et sur-saturés en silice dans une même
unité de lieu (la série sous-saturée est, cependant,
en surface plus abondante dans la zone septentrionale du Mont-Dore) fait
intervenir des facteurs physiques et chimiques. Cependant, pour le volcan
du Mont-Dore les datations K-Ar réalisées sur les coulées
et les dômes ont permis de distinguer, en fonction de leur pétrologie,
des épisodes éruptifs bien distincts selon la saturation
ou sous-saturation en silice.
Différenciation magmatique
des laves du Mont-Dore
Les deux séries magmatiques seraient communes
des basaltes aux hawaiites, l’écart se produisant à partir
des mugéarites.
Le magma initial se différencie d’abord
par cristallisation fractionnée d’olivines et de clinopyroxènes
(Brousse, 1961, 1971 ; Maury, 1976 ; Villemant, 1979, Decobecq, 1987),
ce qui permet d’obtenir des hawaiites.
Pour le seconde étape (au niveau des mugéarites), plusieurs hypothèses ont été émises. Selon Brousse (1961, 1971), Brousse et al. (1966), le magma passe à la saturation en silice par une contamination de l’encaissant. Mais, la mise en évidence de fortes pressions d’eau (Maury, 1976 ; Maury et al., 1980, Pupin 1983) permet d’envisager la saturation en silice par la séparation d’amphibole dans le cadre d’une cristallisation fractionnée. Dans ce cas là, le liquide résiduel, qui en est issu, est donc enrichi en silice (Mervoyer et al., 1973), ce qui se traduit d’ailleurs par l’apparition d’orthopyroxènes dans les termes intermédiaires (Maury, 1976).
La série volcanique du Mont-Dore évolue
sous une fugacité d’oxygène importante, comparable à
celle des séries calco-alcalines (Maury et al., 1980) ; la typologie
des zircons des termes différenciés est semblable à
celle rencontrée dans les suites plutoniques calco-alcalines potassiques
(Pupin, 1983). La notion de contamination peut donc être reprise
mais, au lieu de la silice, c’est l’apport de H2O qui modifie la séquence
de cristallisation de la série volcanique.
La minéralogie comparée des nappes
de ponces et des rhyolites par l’étude des inclusions vitreuses
dans les quartz (Menard, 1979) ainsi que la géochimie des éléments
en trace (Villemant, 1979) démontrent leur parenté ainsi
que leur appartenance à la même série de différenciation
par cristallisation fractionnée.
Différenciation dans le
temps du volcan du Mont-Dore
Selon les datations radiochronologiques, de 2,5
M.A. à 1,9 M.A., il y a une première série saturée.
La coupure à 1,9 M.A. est marquée par la mise en place des
principaux dômes de phonolites et des coulées de téphrites
: c’est l’épisode sous-saturé majeur. Il y aurait en fait
une individualisation de deux groupes de phonolites : un groupe entre 2,6
et 3 M.A. dites anté-caldeira, et un groupe à 1,9 M.A. dites
post-caldeira (Mossand, 1984).
De 1,9 à 1,6 M.A. il existe un second
épisode saturé.
Approche théorique pour
définir la caldeira du volcan du Mont-Dore
La variété des laves et le volume
important des ponces traduisent l’existence en profondeur d’une chambre
magmatique où la différenciation a pu se réaliser.
L’étude des enclaves plutoniques (Decobecq,
1987) associées aux roches volcaniques a permis de démontrer
l’existence d’une chambre magmatique de faible profondeur 9 km, surmontée
d’un domaine subvolcanique de nature monzonitique.
Si l’on connaît le diamètre de la
caldeira, on peut estimer la profondeur et les dimensions de la chambre
magmatique profonde et du complexe subvolcanique (Bonin, 1982). L’existence
d’une caldeira pour le volcan du Mont-Dore ayant été établie,
sa limite nous l’avons vu varie selon les auteurs. Essayons une démarche
inverse, connaissant la profondeur de la chambre magmatique, essayons de
définir le diamètre de cette caldeira.
La première relation met en évidence le diamètre de la caldeira et la profondeur de la chambre magmatique :
P = D
avec P = profondeur de l’apex de la chambre et D = diamètre de la caldeira.
Une seconde relation fait le lien entre le complexe
annulaire et la chambre magmatique (Roberts, 1970 ; Bonin, 1982) :
P = RV2, avec R = rayon du complexe et
P = profondeur de l’apex de la chambre.
Cette formule donne la distance entre le toit
du filon annulaire et l’apex de la chambre magmatique.
La profondeur de cette chambre magmatique, par
rapport à la surface, est donnée par P = RV2 + p, où
p est la profondeur de mise en place du complexe subvolcanique.
Pour le volcan du Mont-Dore nous avons défini précédemment plusieurs paramètres :
La première étude stratigraphique
des sommets du Sancy revient à Lemonnier (1960). Bourdier (1980),
dans la région du Puy de Sancy, reconnaît des tufs de maars
liés à un épisode phréatomagmatique estimé
à 400 000 ans environ (Cantagrel et al. 1983 ; Bourdier et al.,
1983).
Baubron et al. (1980), Lavina (1985) montrent
une lacune d’éruption de matériel de type intermédiaire
de 1,6 à 0,9 M.A. avec une reprise à 0,8 M.A. par l’édification
du volcan du Sancy jusqu’à 250 000 ans. Selon ces auteurs l’arrêt
des éruptions intermédiaires pendant 700 000 ans ainsi que
son déplacement du Nord vers le Sud témoigneraient de l’existence
d’un second réservoir magmatique indépendant du premier.
Deux grands ensembles apparaissent : le volcan
du Sancy au sens strict, entre 0,85 et 0,2 M.A., et le massif Adventif,
entre 0,5 et 0,2 M.A. Leurs produits, qui recouvrent une surface d’environ
200 km2, ennoient une grande partie de la caldeira de la Haute-Dordogne
(Mossand et al., 1982), le volcanisme post-caldeira associé et le
Sud du volcan de l’Aiguillier (Morel, Cantagrel et Vincent, 1986).
Le volcan du Sancy au sens strict
Son activité débute par l’émission très rapprochée dans le temps (Lavina, 1985) des coulées pyroclastiques de cendres et ponces trachytiques de type Neschers (Besson et al, 1977 ; Besson, 1979) et de type Rioubes-Haut (Ménard, 1979 ; Bourdier, 1980 ; Lavina, 1985) qui seraient responsables de l’effondrement de la caldeira du Sancy (Lavina, 1985).
Les coulées pyroclastiques
de cendres et ponces
On peut distinguer trois coulées pyroclastiques
de cendres et ponces dans l’histoire du volcan du Sancy.
| CCP | type Rioubes-Haut | type Neschers | ||||||
| âge | 0, 8 M.A. | 0, 6 M.A. | ||||||
| analyse du verre en % | ||||||||
| H2Ot | 8 | 10 | 7 | 6,5 | ||||
| SiO2 | 62 | 63 | 60,50 | 60,60 | ||||
| Al2O3 | 17 | 15 | 18,20 | 17,80 | ||||
| CaO | 1,20 | 1,00 | 0,68 | 1,00 | ||||
| Na2O | 3,70 | 4,80 | 5,20 | 5,10 | ||||
| K2O | 6,10 | 5,20 | 5,20 | 5,30 | ||||
| Feldspath
Or Ab An |
51
45 4 |
45
49 6 |
||||||
| Pyroxène
WO (Ca) EN (Mg) FS (Fe) |
46
39 15 |
48,30
34,70 16,70 |
||||||
| âge | entre 0,32 ±
0.03
et 0,47 ± 0.20 |
||||
| types | Rivaux - Chaudefour | ||||
| gisements | Ravin des
chèvres |
Courbange | |||
| felds. | x | x | |||
| biotite | x | x | |||
| CPX | x | - | |||
| Amph. | - | - | |||
| oxydes | - | x | |||
| sphène | - | - | |||
| (access.) | (x) | (x) | |||
Les extrusions et dépôts
de nuées ardentes associées
L’activité volcanique à dynamisme
éruptif de type Péléen est très fréquente
dans l’histoire du volcan du Sancy. Si les dépôts de nuées
ardentes, assez meubles en surface, sont facilement déblayés
par l’érosion, les dômes, relativement résistants,
constituent dans le paysage les môles des principaux sommets du volcan
du Sancy. On dénombre ainsi 18 dômes et dôme-coulées
presque intacts (sauf trois d’entre eux dont les racines sont encore visibles).
Leur taille est imposante : par exemple, le dôme-coulée du
puy de Sancy mesure 500 (L) x 400 (l) x 100 (h) mètres (soit un
volume d’environ 20 millions de m3). A ces dômes sont
associés des dépôts de nuées ardentes de deux
types : le type Péléen et de type Saint-Vincent, ou avalanche
retombante dont l’extension est très faible.
L’analyse stratigraphique montre une succession
toujours constante et répétée : dépôts
de nature hydromagmatique + dôme + dépôts de nuées
ardentes associées.
Détail des observations sur deux de ces
dômes :
Ce cycle éruptif est calqué
sur une évolution magmatique très précise liée
à la nature des laves émises ; on observe successivement
:
Les études téphrochronostratigraphiques
du volcan du Sancy, corrélées avec l’étude des cycles
éruptifs et magmatiques, montrent deux périodes distinctes
d’extrusions :
Les coulées de lave
du volcan du Sancy
L’activité effusive, dans le volcan du
Sancy, est moins importante que l’activité explosive liée
aux extrusions et à l’hydromagmatisme. Elle se traduit par des coulées
de lave, le plus souvent épaisses (10 à 20 m) et relativement
courtes (500 m à 3 km) associées à des cônes
de scories dont certains subsistent encore. Ces caractères s’expliquent
par la nature et la viscosité des magmas qui les ont engendrées
: des trachyandésites basiques (ou « doréites »)
et les mugéarites.
Tout comme pour les extrusions, deux grands épisodes
effusifs caractérisent l’histoire du volcan du Sancy :
Pétrographie du Sancy
Les laves du Sancy présentent, à
toutes les échelles, une hétérogénéité
diffuse caractérisée par des enclaves plus basiques. Pour
Gourgaud (1983, 1985, 1989) ces laves sont le produit d’une homogénéisation
magmatique opérée, dans le(s) réservoir(s) magmatique(s)
superficiel(s), après la sortie explosive des magmas hétérogènes
(extrusions + nuées ardentes). En règle générale,
toutefois, ces laves ne sont pas forcément le résultat d’une
homogénéisation.
Le volcan du Sancy aurait donc eu une évolution pétrographique différente de celle du volcan du Mont-Dore : des mélanges mécaniques de magmas basiques dans un réservoir de composition trachytique superficiel pourraient s’ajouter au processus de cristallisation fractionnée (Gourgaud et al., 1980, 1981, 1983 ; Cantagrel et al., 1984 ; Gourgaud, 1985). Ces mélanges, plus ou moins homogénéisés, sont observés principalement dans la série volcanique appartenant au volcan du Sancy et se succéderaient sur une période très courte : 0,85 à 0,2 M.A. (Lavina, 1985 ; Gourgaud, 1985).
Le « massif Adventif »
D’une superficie de 16 km2, le «
massif Adventif » déjà défini par Ph. Glangeaud,
en 1919, comme « groupe de superposition », se surimpose à
3 kilomètres au Nord-Nord-Est du volcan du Sancy sensu stricto.
Il est synchrone de son activité terminale, entre 0,55 et 0,25 Ma.
Il s’est formé sur un socle fracturé,
effondré en gradins, probablement le rebord d’un graben Sud-Sud-Est
- Nord-Nord-Ouest, recouvert des produits antérieurs issus du volcan
du Mont-Dore (Mossand, 1984), de l’Aiguillier (Lavina, 1985 ; Morel, 1988)
et du volcan du Sancy s.s., avec les coulées pyroclastiques de type
Rioubes-Haut (Lavina, 1985), des restes de coulées de lave (basalte
alcalin et hawaiite du ruisseau de Surains, basalte de la Clef-du-Lac,
à 0,55 Ma).
L’essentiel de l’activité éruptive
s’échelonne suivant le schéma observé dans le volcan
du Sancy :
Les dykes du Sancy
Ils sont circonscrits au centre du volcan du
Sancy. Leur disposition est grossièrement radiaire avec deux directions
privilégiées : N50°-N60°E et N100-N140°E, le
premier faisceau est prépondérant sur le second par le nombre
de dykes.
D’après sept datations radiochronologiques
il semble que le faisceau de dykes à N50-N60°E (0,35 à
0,22 Ma) soit postérieur à celui à N100°-N140°E
(0,5 à 0,4 Ma) dont les directions sont identiques aux directions
de fracturation du socle cristallin sous-jacent, celles qu’on a coutume
d’appeler les directions « de la Margeride ».
Le massif du Sancy, avec le dyke de la Dent de la Rancune. photo D. Decobecq
Si l’on se réfère aux travaux de
Nakamura (1977) relatifs aux « volcans comme indicateurs possibles
des orientations du champ de contrainte tectonique », ces deux directions
de faisceaux de dykes sécants et successifs dans le temps peuvent
être une indication du changement du régime tectonique, ou
tectono-volcanique, au cours de l’histoire du volcan du Sancy.
Par ailleurs, au Nord-Est du volcan du Sancy,
certains dykes s’orientent à N0° - N20°E, directions préférentielles
des faisceaux de failles observés le long de la faille de la Limagne
et sur les alignements des cônes de scories de la chaîne
des Puys plus jeune (80 000 à 6 000 ans). Ce changement de directions
des dykes pourrait être le marqueur et la préfiguration d’un
changement de l’état des contraintes tectoniques régionales
à l’origine du déplacement souterrain des magmas et de l’amorce
d’une activité volcanique plus récente.
Dans ce sens, nous observons, en effet, que les
dômes du massif Adventif, contemporain du volcan du Sancy pendant
sa deuxième période, sont relayés, sur les pentes
Nord-Nord-Est du massif des Monts-Dore et de l’Aiguillier, par les cônes
de scories ponctuels, plus jeunes, appartenant à la « petite
chaîne des Puys » (150 000 à 80 000 ans ; Camus et al,
1986).
La caldeira du Sancy
Le tracé proposé de la caldeira d’effondrement du Sancy s’appuie sur plusieurs arguments indirects qui sont :
Des dépôts d’avalanches
de débris dans la vallée de Chaudefour
La cartographie des formations volcaniques sensu-stricto
et volcano-sédimentaires dans l’enceinte de la Réserve Naturelle
de la Vallée de Chaudefour, réalisée entre 1994 et
1996, confirment l’existence de deux édifices volcaniques superposés
(P. Lavina et al, 1983) ; les dépôts du plus récent
édifice reposent sur une remarquable surface d’érosion, laquelle
pourrait être la trace d’un arrachement destructif (base et
partie d’une paroi ? d’un ancien cratère en fer à cheval
ouvert vers l’Est). Des dépôts d’avalanches de boue et de
débris de type Mont Saint-Helens (environ cent mètres d’épaisseur)
ont été découverts à la sortie de la vallée
de Chaudefour, entre les sources Sainte-Anne et la cascade de Peyrouse
(P. Lavina, 1999) ; la matrice contient des fragments de pierres ponces
trachytiques de type Rivaux-Chaudefour. En l’absence de datation absolue,
cet événement cataclysmique est plus jeune que 450 000 ans
B.P.
