LE MONT CAMEROUN, « Le char des Dieux »
(Cameroun)
Longitude : 9°
170' Est
Latitude : 4°
203' Nord
Altitude :
4095 m
Présentation :
Le massif volcanique du mont Cameroun est installé sur un horst
constitué de terrains métamorphiques et plutoniques anté-tertiaires.
Une forêt tropicale recouvre les flancs du massif avec parfois des
« clairières » dues à des coulées de lave
émises il y a plusieurs siècles. Plus d’une centaine de cônes
adventifs, essentiellement situés sur le versant Sud-Ouest et sur
l’axe Nord-Est--Sud-Ouest du massif, sont dénombrés. Ces
cônes ont parfois émis des coulées de lave. Le nom
du mont Cameroun vient des portugais qui en découvrant en 1472 au
fond de la baie de Biaffra, l’embouchure du fleuve Wouri où se trouvait
une abondance de crevettes, qu’ils baptisèrent ce fleuve «
Rio dos Cameros », après plusieurs siècles le nom qui
nous reste est Cameroun. Ce volcan est allongé selon une direction
Sud-Sud-Ouest/Nord-Nord-Est sur 70 km, pour 40 km de large soit un volume
d'environ 1200 km3. Il culmine au pic Fako, point culminant du Cameroun
et d’Afrique Centrale. Le mont Cameroun émet des basaltes alcalins
des hawaiites et des mugéarites. Ce volcanisme de la série
alcaline ainsi que les autres volcans de la « ligne du Cameroun »,
correspond à un volcanisme intra-plaque
Sur le mont Cameroun où la pluviométrie est élevée
(près de 15 m par endroit), on peut distinguer, en fonction de l’altitude
et de la pente, quatre zones :
-
- de 0 à 1 200 m la pente du volcan est faible c’est la zone des
habitations et des cultures ;
-
- de 1 200 à 2 000 m la pente s’accentue, les cultures sont
ponctuelles (macabos, ignames, maïs) sous la forêt tropicale
montagnarde en voie de dégradation. Cette forêt abrite de
nombreuses espèces animales et végétales endémiques
;
-
- de 2 000 à 2 800 m une zone de falaises (qui correspondent à
des failles limitant le horst) fait que la pente du volcan est parfois
supérieure à 50°. C’est le domaine de la savane herbacée
(à graminées) brûlée annuellement en saison
sèche par les populations.
- - De 2 800 m au sommet (4 090 m) la pente est importante (10 à 15 °), la prairie daltitude, de type subalpine disparaît en montant, et vers 3 800 m il ne reste que des mousses et des lichens. Dans cette zone a été découvert quelques tunnels de lave (le plus long étant denviron 600 m).
-
- Un volcan satellite le mont Etinde est situé sur le flanc
Sud-Ouest du mont Cameroun.
Les éruptions historiques du Mont Cameroun
Selon l’ouvrage de référence Volcanoes of the World de
Tom Simkin et Lee Siebert (1994), les éruptions historiques recensées
au Mont Cameroun sont : - 450, 1650, 1807, 1825, 1838, 1852, 1865, 1866,
1871, 1909, 1922, 1925, 1954, 1959, 1982, 1999.
Nous reprenons, en les aménageant, des éléments
de l’ouvrage de Bernard Gèze, Géographie Physique et Géologie
du Cameroun Occidental, suite à une mission réalisée
en 1939 et publiée en 1943 (Mémoire du Muséum National
D’Histoire Naturelle, tome XVII, fascicule 1, p. 1 à 272). Des incertitudes
avaient été relevées par Bernard Gèze et qui
n’apparaissent plus, pour certaines d’entre-elles, dans Volcanoes of the
World.
- 450 : un texte, vieux de 25 siècles, d’un général
carthaginois, Hannon, serait, pour plusieurs historiens, la première
citation du massif volcanique du Cameroun. Hannon décrit ainsi le
paysage :
« Nous côtoyâmes une terre odoriférante
et embrasée, d’où sortaient les torrents de feu qui
se précipitaient dans la mer. Le sol était si brûlant
que les pieds ne pouvaient en supporter la chaleur. Nous nous éloignâmes
au plus vite de ces lieux, et nous continuâmes notre voyage. Pendant
quatre nuits la terre nous paru couverte de feux, du milieu desquels s’en
élevait un qui semblait atteindre jusqu’aux astres. Au jour nous
reconnûmes que c’était une haute montagne nommée "Char
des Dieux".
Ensuite, selon Bernard Gèze, il n’existe plus de références
historiques jusqu’au XIXe siècle.
- Vers 1800-1815 : Une grande coulée de lave issue dune fissure, à laltitude denviron 2 600 m, aurait atteint le village de Mapanja (800 m environ), daprès les récits des habitants, recueillis par Spengler et reproduits par Stromer von Reichenbach. Le point démission se situerait dans la région du plateau de Mengulu et peut être plus exactement au Molaliei ( ?).
- Avant 1835 : éruption citée sans précisions complémentaires par Sapper.
- 1838 : éruption de lave, vue par le capitaine Allan, selon Humboldt, et citée aussi par Dalziel. La source première de ces renseignements provient peut être de la narration de W. Alen lors de son voyage au Niger en 1841, dans laquelle il mentionne que M. Lilly aurait vu souvent du feu au sommet du Fako, à peu près à cette époque.
- 1839 : Sapper parle déruptions vers 1839. Lemoine, expliquant que des feux de brousse ont pu être souvent pris de loin pour des manifestations volcaniques, précise que, selon les indigènes de Bimbia, il sagissait bien du « feu de Dieu » en 1839. Il est possible, au vu des incertitudes sur les dates, que les éruptions de 1838 et 1839 nen fassent quune.
- Entre 1845 et 1865 (?) : daprès Spengler et von Riechenbach, une éruption aurait eu lieu au-dessus de Buea. Il sagit probablement dune manifestation parmi celles citées ci-après. Malgré la différence de date, cest peut être léruption de 1868, qui semble sêtre produite au Nord de Buea.
- 1852 : selon Dalziel : éruption localisée probablement vers lOuest de la montagne et vue par un capitaine de vaisseau.
- 1865 : daprès Lemoine : les indigènes auraient aperçu du feu au sommet du volcan. Sagit-il dune éruption ou tout simplement dun feu de brousse ?
- 1866 : daprès R. Chudeau, « on a signalé une éruption au mont Cameroun en janvier 1866 ». Bernard Gèze ignore la source première de ce renseignement qui paraît douteux.
- 1868 : Dalziel cite pour cette année une éruption qui, daprès les indigènes se serait localisée vers le Nord-Est. On signale des laves rougeoyant le ciel. Dalziel estime que si léruption est réelle, elle a dû être de faible importance puisquon ne possède à son sujet aucune mention des colons établis à Victoria (aujourdhui Limbe). Cependant, laspect de fraîcheur extrême de certaines coulées du cône Robert Meyer et son activité solfatarienne tendraient à confirmer cette éruption.
- 26 avril 1909 : éruption du cratère Okoli (Groupe Nord-Est). Explosions et coulées de lave qui dépassent 6 km de longueur. Il semble quen 1910 léruption se soit arrêtée.
- 3 février 1922 : éruption du cratère Mateer près du sommet Fako. Deux coulées de lave sont émises lune allant vers lOuest et lautre vers le Nord-Est. Cette éruption dura 6 mois
- 21 février 1922 : éruption des cratères Waldau, sur le flanc Sud-Ouest. Une coulée de lave se dirige vers ibundi et détruit sur son passage un pont sur la route de Bibundi à Limbe et atteint locéan.
- 1925 : B. Gèze ne fait nullement mention dune éruption à cette date. Cette éruption se serait déroulée au sommet du Fako ;
- 1954 (juin-juillet) : cette éruption fut localisée au sommet mais ne fut pas très étendue. Une petite coulée de lave fut émise à la base Ouest du cratère.
- 1959 (février-mars) : cette éruption fut localisée sur le flanc Sud-Est du massif, vers 3 000 m daltitude. Les cratères apparurent et trois coulées de lave furent émises. La principale coulée sarrêta devant le village de Ekona.
- 1982 (16 octobre - 12 novembre) : cette éruption se situa à mi-pente sur le flanc sud-ouest du massif, à 2 700 m daltitude. Un ancien cône fut réactivé le long dune fissure. Il y eut une activité explosive accompagnée de lémission dune coulée de lave qui a parcouru plus de 11 km à travers la savane et la forêt tropicale. Cette coulée sest arrêtée vers 1 300 m daltitude. Environ 0,001 km3 de lave fut émis lors de cette éruption.
- 1989 une explosion se produit et forme un cratère vers 2 860 m sur le flanc Sud-Ouest.
- 1999 : le 26 mars une quinzaine de séismes sont détectés sous le volcan et le 27 et 28 mars le nombre de séismes augmente avec plus de 200 événements enregistrés.
Léruption débute par des secousses sismiques qui sont ressenties sur le flanc est du Cameroun dans les localités voisines de Buea, capitale de la province Sud-Ouest du pays.
Le 28 mars léruption débute sur le flanc sud, vers 2 650 m daltitude. Le 30 mars un second point démission se met en place vers 1400 m daltitude et de suite une volumineuse coulée de type aa traverse la forêt équatoriale et se dirige vers le village côtier de Bakingili. Cette coulée avance à 10-25 m par heure. Cette coulée se divise en nombreuses branche et vers le 3 avril le front de coulée impressionnant, de 15 à 25 mètres de hauteur, fait plus de 3 km de large. La coulée aura atteint un développement de 12 km à la fin de léruption vers le 22 avril. La coulée émise est une basanite avec des phénocristaux d'olivine, et aussi du clinopyroxène, des plagioclases et des titanomagnétites
2000 (28 mai-19 juin) : cette éruption se produisit également sur 2 sites, au sommet et à 3300 m.
La Ligne du Mont Cameroun
Le Mont Cameroun appartient à une suite d’appareils volcaniques
et subvolcaniques d’âge post-Crétacé, qui s’alignent
selon la direction Nord 30° Est, dite « ligne du Cameroun ».
Cette ligne, longue de 1600 km, est parsemée sur toute sa longueur
de massifs volcaniques et de complexes annulaires (ces structures plus
anciennes que les massifs volcaniques correspondent aux « racines
» de volcans aujourd’hui érodés. Du Sud-Ouest au Nord-Est,
cette ligne comprend :
-
Les îles du golfe de Guinée, essentiellement volcaniques :
Pagalù (ex-Annobon), Sao-Tome, Principe et Bioko (ex-Macias Nguema,
ex-Fernando Poo) et également quelques sea-mounts ;
-
La région de l’Ouest camerounais (de Limbe (ex-Victoria) à
Nkambe), avec une alternance de horsts sur lesquels sont édifiés
des volcans : mont Cameroun, monts Manengouba (volcan bouclier de 20 km
de diamètre, sans activité historique, mais présente
quelques cônes stromboliens, et les datations radiochronologiques
donnent un âge de 0,40 M.a pour les coulées les plus récentes),
Bamboutou (d’un âge entre 38 et 11 M.a,) Mbam et Oku et de grabens
dans lesquels alluvions et petits volcans recouvrent partiellement le socle
(Kumba, Tombel, Mamfe, Mbos, Ndop) ;
-
La plaine Tikar (de Foumban à Banyo), décalée par
rapport à la région de l’Ouest camerounais, et parsemée
de nombreux édifices subvolcaniques.
Cette ligne correspondrait à un accident tectonique majeur prolongeant
ainsi la faille transformante d’Ascension ou la faille brésilienne
de Pernambuco, avant l’ouverture de l’Atlantique Sud.
Les première ascensions
du Mont Cameroun
En 1841, l’expédition d’Allen avait atteint le pied du mont
Cameroun, et l’un de ses membres, Roscher, avait découvert la nature
basaltique de la baie de Victoria. En 1847, Merrick était monté
jusqu’aux pâturages des hautes croupes du Mont Cameroun.
La première ascension ne fut réalisée qu’en 1861
par une caravane comprenant l’explorateur anglais Burton Calvo et le botaniste
allemand Mann, qui avait déjà exploré les régions
moyennes de la montagne. Comber en fit la deuxième ascension, puis
le tour en 1877 et découvrit, à son pied Nord, le lac Barombi-Bakoto,
revu la même année par Thomson et en 1878 par Ross.
Bibliographie :
-
Déruelle B, Moreau C. et Nkonguin Nsifa E., 1983 : La dernière
éruption du mont Cameroun (1982) dans son contexte structural.
Rev. Géogr. Cameroun, 4, 2, 39-46.
-
Déruelle B, Moreau C. et Nkonguin Nsifa E., 1983 : Sur
la récente éruption du mont Cameroun (16 octobre-12 novembre
1982). C.R.Acad. Sci., Paris, 296, 2, 807-812.
-
Déruelle B, Moreau C., Nkoumbou C., Kambou R., Lissom J., Njonfang
E., Ghogomu R.T. et Nono A., 1991 : The Cameroon li Nine : a review.
In : Magmatism in Extensional Structural Settings, A.B. Kampunzu et R.T.
Lubala (éd.), Springer-Verlag, Heildelberg, 274-328.
-
Déruelle B., N’ni J. et Kambou R., 1987 : Mount Cameroon : an
active volcano of the Cameroon Line. J. African Earth Sci., 6, 197-214.
-
Gèze B., 1943 : Géographie physique et géologie
du Cameroun occidental. Mém. Muséum Nat. Hist. Nature.
Nouv. Sér., 17, 1-272.