Les différents dynamismes éruptifs

L’éruption est l’aboutissement pour le magma d’une longue et périlleuse aventure. En effet, le magma migrant, plus ou moins rapidement, depuis une profondeur de 120 à 80 km, et après diverses vicissitudes, arrive à la surface de la croûte terrestre où il s’exprime par une éruption.
Il existe plusieurs types d’éruptions, qui traduisent des différences d’origines profondes comme la nature du magma, la présence d’une chambre magmatique, la richesse en gaz... et des influences superficielles comme la structure du volcan, l’influence de l’eau, la présence d’un glacier...
Cependant, pour simplifier, le magma arrive à la surface de deux manières :
en s’épanchant sous la forme de coulées de lave ;

coulée de lave de type aa sur l'Etna. Photo Dominique Decobecq

et (ou) en explosant comme ci-dessous au Stromboli.

Les retombées volcaniques
En s’approchant d’un volcan les retombées volcaniques ou pyroclastites (cassées par le feu) seront de plus en plus grosses. Selon la taille de ces retombées les volcanologues distinguent : les cendres (diamètre inférieur à 2 mm), lors des colères de l’Etna les Catanais s’en protègent en ouvrant leur parapluie ; les lapilli (2 à 64 mm) ou pouzzolane en Auvergne ; les blocs (supérieur à 64 mm) dont certains peuvent atteindre plusieurs tonnes, comme ceux expulsés lors de l’éruption de 1930 par le Stromboli, et qui s’abattirent sur des maisons situées en bord de mer. L'Etna est d'ailleurs un bon exemple pour observer les différentes éruptions qui peuvent se produire sur un même volcan : Les différentes éruptions de l'Etna. .
 

Blocs (forme anguleuse) 
Bombes (formes blobuleuse) 
                        -------- 64 mm -------- 
Lapilli
                       -------- 2 mm ---------- 
Cendres
 fraction sableuse 
                     --------- 1/16 mm -------- 
 fraction silteuse 
                    - -------1/256 mm -------- 
 fraction argileuse 
Classification granulométrique des tephra (d’après Fisher et Schminke, 1984). 

Dans les retombées il sera possible de distinguer le magma frais, souvent scoriacé ou de formes rondes (les bombes volcaniques), des blocs anguleux provenant du démantèlement, sous la violence des explosions, du sous-bassement et des anciennes coulées du volcan.
Ce qui est décrit est le dynamisme de type strombolien, et concerne des magmas de nature basaltique. Avec la variation de chimie du magma, qui devient plus riche en silice et plus visqueux, la violence des éruptions et le volume émis augmentent d’une façon parfois incommensurable.
 

Les éruptions pliniennes
C’est le cas des éruptions dites pliniennes comme celle qui se produisit au Vésuve en 79 ap J-C ou plus récemment, en 1980, au mont St-Helens quand, après la phase paroxysmale, une colonne de cendres monta dans le ciel jusqu’à 20 km d’altitude. Le Chichon, au Mexique, aura en 1982 une éruption de type plinienne avec une colonne de cendres jusqu’à 24 km. Mais, le Pinatubo, au Philippines, en juin 1991, battra tous les records, sa colonne de cendres atteindra une altitude de 40 km et émettra au cours de plusieurs phases, dont la durée fut de quelques heures, un volume estimé entre 5 et 7 km3. Les retombées, qui peuvent atteindre plusieurs mètres d’épaisseur, sont des ponces de toutes tailles, ces roches de teinte claire, très légère (elles flottent sur l’eau) car elles sont très vésiculées par les gaz.
A la suite de ces éruptions pliniennes, qui correspond à la “vidange” de la chambre magmatique située sous le volcan, le sommet du volcan s’effondre pour former une caldeira, comme celle du massif du Mont-Dore en Auvergne. La plus importante est celle du lac Toba à Sumatra, en Indonésie, qui fait 100 km de long sur 30 km de large. L’éruption responsable se produisit il y a 75 000 ans et expulsa 2 800 km3 de ponce.
Le nuage de cendre et d’aérosols acides (H2SO4) est emporté par les vents et fait plusieurs fois le tour de la Terre. L’on retrouve dans les glaces du Groenland et de l’Antarctique, des microparticules de verre volcanique des principales éruptions qui se sont produites durant ce millénaire. Ce nuage de cendres selon son importance peut contribuer à un refroidissement général de climat de 1 à 2 °C pendant quelques années (Voir éruption du Tambora en 1815 et du Krakatau en 1883)

Les nuées ardentes
Les nuées ardentes, qui furent définies pour la première fois par le volcanologue français A. Lacroix à la Montagne Pelée, en 1902, sont le plus souvent associées à un dôme. C’est un nuage de cendre et de gaz turbulent qui est brusquement dépressurisé. Ce type de dynamisme très violent et dirigé se propage à des vitesses de 100 à 600 km/h a une température de 300 à 400 °C. Les volumes sont bien moins importants que pour les éruptions pliniennes mais l’effet de souffle est très violent.
Lors d’un même événement l’éruption de type plinienne peut engendrer également des nuées ardentes, puis quelques jours plus tard un dôme s’installera dans le nouveau cratère.

Une page intéressante pour ceux qui veulent en savoir un peu plus : la page que j'ai réalisée sur l'éruption de la Montagne Pelée, le 8 mai 1902.