L’archipel des Comores, dans l’océan Indien, est formé de quatre îles volcaniques : Mayotte, Anjouan, Mohéli et Grande-Comore. Toutes ces îles sont volcaniques, mais c’est la Grande-Comore qui abrite le volcan actif, le Karthala. Cette île de la Grande-Comore, en forme de L, est allongée Nord-Sud pour virer au niveau du Karthala vers l’est.

Les deux volcans boucliers constituant cette île (La Grille, au nord et au sud le Karthala) reposent à -3 300 m sur le plancher océanique. Ils sont comparables aux volcans d’Hawaii comme le Kilauea et le Mauna Loa ou plus proche le Piton de la Fournaise. La végétation est étagée en fonction de l’altitude. Du bord de l’océan à 1 000 m d’altitude, c’est la zone des cocotiers, des bananeraies et des fougères arborescentes. De 1 000 à 1 900 m, c’est l’espace de la forêt tropicale humide avec des arbres de 30-40 m de haut, des orchidées et des lianes. Au-dessus de 1 900 m, c’est le territoire des bruyères géantes, qui laissent place, de temps à autre, à des coulées récentes. Au sommet du Karthala, c’est le domaine des cendres et des coulées de lave avec une caldeira de 3,5 km, dans son grand axe nord-sud, sur 2,8 km est-ouest. Des remparts de plus de 100 m, forment les limites de cette caldeira, sauf au nord, à la porte d’Itsandra, ou elle est échancrée. C’est la voie d’évacuation des coulées qui sortent de la caldeira.
La caldeira du Karthala
Cette dernière est composée de la coalescence de plusieurs dépressions. Au moins quatre d’entre elles forment le Choungou-Chahalé (signifiant cratère ancien en Comorien) dont la partie centrale a un diamètre de 700 m pour une profondeur de 290 m. Selon les périodes un lac occupe le fond du Chahalé. La cinquième dépression, au nord du Chahalé, était un véritable pit crater de 250 à 350 m de diamètre au nom de Choungou-Chagnoumeni (cratère nouveau), mais il est maintenant complètement comblé. Le Chagnoumeni se serait formé lors de l’éruption de 1918, et au fil des éruptions, les coulées l’ont comblé et s’il avait encore 150 m de profondeur en 1936, 40/50 m en 1948, il ne présentait plus que 30 m en 1965, et plus que 5 petits mètres en 1980.
De part et d’autre de cette caldeira sommitale diverge, comme au Kilauea, deux zones de fractures respectivement vers le Nord et le Sud-Est. Ces zones de rift de 20 km de longueur et de quelques km de large sont également le siège de nombreuses éruptions responsables à l’origine de cette forme allongée et dissymétrique du Karthala.
Les éruptions historiques
La caldeira sommitale ne sera explorée qu’en 1864 par le baron von der Decken., et les descriptions fiables sont donc récentes. Des éruptions dans la caldeira ont dû certainement passer inaperçues. Les éruptions du XIXe siècle qui ont été référencées se sont produites le plus souvent hors de la caldeira avec des conséquences parfois dramatiques pour les populations. Au fil des éruptions c’est quasi alternativement le rift sud-est ou le rift nord qui s’ouvre.
En 1855, une fissure s’ouvre dans le rift sud-est, des coulées atteignent la mer et détruisent une trentaine de maisons. Trois ans plus tard, une exception, l’éruption se produit à l’intérieur de la caldeira mais une coulée profite de la porte d’Itsandra. La pente aidant, la coulée descend très rapidement vers le nord, puis vers le nord-ouest, menaçant la capitale Moroni. La ville ne doit d’être englouti qu’à la présence d’un vallon qui dévie la coulée et lui permet de descendre directement vers la mer.
En 1859, c’est le rift Nord, à 400 m d’altitude, et en 1860, le rift Sud-Est, où vers 1200 m d’altitude un flot de lave dévale la pente pour se jeter dans la mer.
En 1872, une nouvelle fissure à l’extrémité du rift Nord s’ouvre à 400 m d’altitude engendrant des coulées qui arrivent en mer.
En 1876, même scénario, mais sur le rift sud-est, une fissure s’ouvre déversant des flots de lave qui arrivent en mer et détruisent un village.
En 1880, le rift sud-est s’ouvre de nouveau et des coulées arrivent en mer.
En 1904, une fissure éruptive se déclenche dans le rift nord.
En 1918, l’éruption débute le 11 août sur le rift Nord, mais elle s’arrête au bout de trois jours. Après deux jours d’importants séismes, se produit le 25 août une énorme éruption avec un panache de cendres qui montent à plus de 5000 m de haut. Le lendemain, de nouveau une énorme explosion. Ces deux grosses explosions phréatiques ont modifié la forme de la caldeira sommitale : dans la paroi nord du Choungou-Chahalé, un cratère de 350 m de diamètre et 500 m plus au Nord, le pit cratère de Choungou Chagnouméni.
Par la suite, l’activité du Karthala est plus raisonnable avec une activité effusive cantonnée dans la caldeira en 1948, 1952, 1959 ?, 1965, 1972 (une coulée sort par la porte d’Itsandra et descend jusqu’à 1800 m d’altitude), 2005 et 2006 et des éruptions explosives de type phréatique en 1918 et 1991.
Une exception avec l’éruption de 1977, qui est restée dans les mémoires. Après 70 ans de répit, une fissure de 200 m de long s’ouvre sur le flanc sud-ouest du Karthala, à 360 m d’altitude, et déverse ses coulées de lave. En quelques heures la lave détruit partiellement deux villages et six heures après le début de l’éruption la coulée arrive dans l’océan sur un front de 400 m. Cette éruption a donc la caractéristique de s'être mise en place à basse altitude.
L’éruption de juillet 1991
Des séismes annonciateurs d’une éruption se manifestent en avril 1991, le phénomène est en crescendo, et du 2 au 3 juillet près de 2 000 séismes sont enregistrés, certains ont des magnitudes supérieures à 4. Du 4 au 10 juillet, les séismes sont encore plus nombreux (4 000 séismes par jour) et l’épicentre se rapproche de la surface.
Du 10 juillet à 16h38 au 11 juillet à 3h35, le trémor est si fort qu’il sature les instruments d’enregistrement. Le 11 juillet, à 5h00, la population de plusieurs villages perçoit une odeur de gaz sulfuré qui se dissipe en deux heures. Cette éruption phréatique laisse place dans le cratère de Chahalé à un cratère d’explosion d’environ 280 m de diamètre pour 50 m de profondeur dont le fond est occupé par un lac d’un bleu-vert profond.
Depuis 2005, le Karthala semble être revenu à une phase plus active, puisque pas moins de quatre éruptions se sont produites :
Le 16 avril 2005 : des explosions phréatiques se produisent au cratère Chahalé. D’importants panache de cendres avec des éclairs s’élèvent du volcan. Plus de 10 000 personnes sont évacuées. Le Chahalé et son lac est remplacé par un lac de lave durant quelques dizaines d’heures. L’éruption ne dure que trois jours mais le panache de cendres emporté par le vent dominant recouvre l’est de l’île et empoisonne les citernes. Le problème de la Grande-Comore c’est l’eau si elle est bien présente avec les fortes pluies du fait que le Karthala arrête les nuages, ces pluies s’infiltrent et l’eau ressort essentiellement en mer. Les habitants ont donc tous des citernes où ils recueillent l’eau de pluie.
Du 24 novembre au 8 décembre 2005, une nouvelle éruption avec des panaches importants de cendres qui retombent et recouvrent tout le nord de l’île. Deux jours plus tard un lac de lave est de nouveau présent au fond du cratère de Chahalé. Mais le lac de lave ne s’installe pas puisque le 5 décembre il est entièrement figé mis à part deux spatter cones.
Le 28 mai 2006 , à 21h05, un trémor est enregistré et peu après, le sommet présente une lueur rougeoyante visible depuis Moroni. Le lendemain, un survol confirme l’éruption : un lac de lave barbote à l’intérieur du cratère Choungou-Chahalé, avec des fontaines de lave (entre 30 et 50 m de haut). Le 1er juin, à 14h41, le trémor est terminé et l’éruption s’arrête.
Le 13 janvier 2007, une éruption débute, avec une lueur au sommet du volcan visible de la capitale Moroni. Plusieurs jours plus tard, un survol du sommet du volcan est effectué, mais l’éruption est déjà terminée. Elle a eu lieu dans le cratère « Choungou Chagnouméni » dans la partie nord de la caldeira, à proximité du cône de l'éruption de 1972. Le cratère est rempli de lave solidifiée sur sa surface, à ras bord, sans débordement.
Référence :
Bachelery P et al. : L'éruption phréatique du Karthala (Grande Comore) en juillet 1991 CRAS 320, pp 691-698.