LES GOUACHES NAPOLITAINES

Au début du XVIIIe s.,
un nouveau voyageur parcourt les chemins, ce n’est ni un militaire à
la poursuite de conquête ou un pèlerin affirmant sa foi dans
un haut lieu de la chrétienté, c’est le " voyageur d’agrément
".
Les villes comme Rome, Florence,
Venise, Naples..., sont des lieux de villégiature, agréables,
pour tout homme désireux de parfaire ses connaissances culturelles.
Ce Grand Tour commençait le plus souvent par le passage des
Alpes ; l’occasion pour notre "touriste" d’appréhender les forces
de la nature " qui ont porté si haut les vestiges d’anciennes
mers. " Chateaubriand, Goethe,
Alexandre Dumas, Leopardi ... visitent Naples et le Vésuve, certains
comme Didier, Alexandre Dumas, Maupassant
vont plus loin et découvrent la Sicile mystérieuse et ses
volcans : l'Etna, le Stromboli
et le Vulcano.
Un
site remarquable : le golfe de Naples
Naples par son cadre naturel se
distingue des autres cités italiennes. L’une des plus belles baies
du monde est dominée par un volcan, le Vésuve, en éruption
quasi continue. De plus, des découvertes archéologiques,
à partir de 1732, à quelques kilomètres de cette ville,
ressuscitent les antiques cités d’Herculanum, et de Pompéï,
ensevelies par les nappes de ponces ou les coulées de boue (lahars)
du Vésuve, lors de l’éruption de
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Le
renouveau de la peinture
Au XVIIes,
quelques tableaux à thème religieux, comme le martyre
de Saint-Janvier et de ses compagnons (San
Gennaro en italien, le saint patron de Naples, dont le reliquaire est
sorti deux fois par an pour conjurer le mauvais sort), sont réalisés
avec en fond la solfatare (toile de Scipione Campagno, collection italienne
du musée des Beaux-Arts de Nantes).
Un siècle plus tard, les relations de l’art et de son commerce se sont modifier. Le peintre n’est plus l’artiste attaché à un prince ou à un pape. Avec les voyageurs d’agréments, la peinture " souvenir " est proposée, et des peintres amateurs s’accaparent les couleurs. De nouvelles techniques d’exécution plus rapides que la peinture à l’huile, apparaissent également : aquarelle et gouache. Ces techniques permettaient au naturaliste de transcrire très rapidement les sentiments ressentis devant les forces de la nature et plus particulièrement les coulées de lave rougeoyantes dévalant les flancs du Vésuve.
Des peintres réputés vont voir dans le Vésuve en éruption un sujet d’inspiration. Ainsi, les Français Pierre-Jacques Volaire avec l’éruption du Vésuve, (musée des Beaux-Arts du Havre), Achille Etna Michallon avec aussi son éruption du Vésuve en 1819 (Musée du Louvre) ou Desprez, L’éruption du Vésuve vue du pont de la Madeleine en 1783 (Musée de l’Assistance Publique).
Le Vésuve est aussi représenté en fond comme dans Vue prise aux environs de Naples de Pierre Alphonse Chauvain (Montpellier, Musée Fabre) ou comme dans le tableau de Joseph Rebell avec Le palais Reale di Portici (Musée de Chantilly) ou dans le tableau de Jean-Auguste Bard, Place Masaniello à Naples (Musée de la Ville de Pau).
Des Anglais, des Autrichiens (Michael Wutky) et des Italiens réalisent aussi des tableaux où le Vésuve est en activité éruptive ou avec un panache de vapeur dans le paysage de la baie de Naples.
Eruption du Vésuve, en 1767, vue de la tour de l'Annonciade. Photo Dominique Decobecq
Les gouaches napolitaines
Ces gouaches sont le plus souvent
encadrées d’une marge noire, où sont indiqués en bas,
de façon manuscrite avec une encre blanche, l’année et le
jour de l’éruption représentée. Les thèmes
qui reviennent le plus souvent sont le Vésuve de jour ou de nuit
(le plus souvent en éruption), la baie de Naples (le Vésuve
au loin), la solfatare, les ruines de Pompéï, les grottes marines.
La taille relativement réduite des œuvres (le plus souvent 40 x
26 cm) permettait un transport aisé, égayant ainsi un bureau
et l’intérieur d’un Lord qui se rappellera sa jeunesse oisive, ses
aventures et ses craintes lors de son séjour dans la baie de Naples.
Des formats plus petits (10 x 7 cm ; 16 x 10 cm) étaient réalisés
pour être mis dans des albums. On trouve également des œuvres
où une série de neuf vignettes peintes, représentant
les principaux sites touristiques et éruption du Vésuve,
entourent une gouache principale.
La
composition
Chaque gouache, dont la facture
est généralement naïve, reste une œuvre unique, même
si la composition de jour est sensiblement toujours la même : la
baie de Naples avec le Vésuve présent
au fond, est éclairé par un ciel d’azur, oblitéré
parfois par quelques blancs nuages. Le point de vue est souvent le Pausilippe,
faubourg à l’ouest de Naples. Des bateaux de pêcheurs et,
selon l’armée d’occupation, des frégates espagnoles, anglaises,
françaises remplissent l’espace, ce qui sépare ainsi l’horizon
et permet à l’artiste de relier le lointain Vésuve au quai
où l’artiste a installé son chevalet et de donner ainsi de
la profondeur.
Sur ce quai, des personnages, très souvent des pêcheurs, avec leur bonnet si caractéristique, conversent et commentent avec de grands gestes les miracles que Saint-Janvier, magnanime, a bien voulu réaliser pour préserver Naples. En effet, quand le Vésuve devient trop menaçant, le peintre n’oublie pas de représenter les frayeurs humaines, et il devient chroniqueur en détaillant la procession qui porte le reliquaire de Saint-Janvier.
Le Vésuve en éruption
La production principale des gouaches napolitaines reste la représentation de nuit de la baie de Naples, où le Vésuve en éruption est l’élément essentiel du tableau. L’éruption dont l’observation est remarquable est le plus souvent en phase paroxysmale : une colonne verticale impressionnante (elle a une hauteur de deux fois celle du Vésuve), jaune au centre, et rougeoyante en périphérie monte à l’assaut des cieux. Au pied du Vésuve des coulées de lave, de couleur rouge, accompagnées de volutes de fumées, descendent vers la mer.


Les éruptions le plus souvent représentées sont celles de 1794, 1810 et 1822. La faible production de gouaches entre 1794 et 1810 révèle les conflits nombreux de l' époque qui furent un frein pour les déplacements de nos premiers touristes.

Les peintures sont variées, car les peintres sont nombreux, à s’être adonnés à ce genre ; on peut estimer à plusieurs milliers les œuvres ainsi réalisées. La production des gouaches napolitaines va durer plus d’un siècle, jusqu’à l’apparition de nouvelles techniques comme la reproduction de gravure, dès 1840, dans certains journaux, la photographie, avec le procédé du calotype (1850), et les premières photos du Vésuve en éruption comme celle du 26 avril 1872, à 16 h, puis le film souple en 1889.

Avec l’amélioration des techniques de reproduction et de diffusion, l’image du volcan se modifie. Les journaux, les hebdomadaires s’emparent de ce sujet médiatique ; mais le volcan n’est plus perçu comme une merveille de la nature. Les bouches de l’enfer deviennent un élément démoniaque, persécutant les populations qui se trouvent à ses pieds et que le monde de la raison ne peut encore dominer. Les premières de couverture apparaissent avec, lors d’une description d’une éruption, la vision d’une foule en fuite qui s’échappe hagarde sous les retombées de cendres.
Site
internet :
Le site d'Alain Catté
:
Peintures de volcans.