L'agonia di un villaggio

di Giovanni Verga

Giovanni Verga (1840 - 1922) est né et mort à Catane, au pied de l'Etna. Un petit musée consacré à Verga et au vérisme, le mouvement du roman naturaliste italien, se trouve d'ailleurs à Catane, non loin de la Via Etnea. Les deux chefs-d'oeuvre de Verga sont les romans "Les Malavoglia" et "Mastro-Don Gesualdo". Cette nouvelle fut publiée en 1886, à la suite de l'éruption, la même année de l'Etna, et qui se produisit pas très loin de Nicolosi.

Fresque murale dans un des villages au pied de l'Etna. photo Dominique Decobecq

« Bollettino dell'eruzione ! Il fuoco a Nicolosi ! »


Italien

La folla accorreva dai dintorni, a piedi, a cavallo, in carrozza, come poteva. Lungo la salita, fra il verde delle vigne, un denso polverone disegnava il zig-zag della strada. Ad ogni passo s'incontravano carri che scendevano dal villaggio minacciato, carichi di masserizie, di derrate, di legnami, perfino d'imposte e di ringhiere di balconi, tutto lo sgombero di un villaggio che sta per scomparire. E colla roba, sui carri, a piedi, uomini e donne taciturni, recandosi in collo dei bambini sonnolenti, coi volti accesi dalla caldura e dall'ambascia. Pei casolari, nelle borgate, lungo la via, gli abitanti affacciati per vedere, colle mani sul ventre ; qualche vecchierella che attaccava un'immagine miracolosa allo stipite della porta o al cancello dell'orto ; i monelli che ruzzavano per terra festanti ; e sulle porte spalancate delle chiesuole, la statua del santo patrono, luccicante sotto il baldacchino, come un fantasma atterrito, colle candele spente, e i fiori di carta dinanzi. 

A Torre del Grifo scaricavano carrate intere di assi e di tavole sulla piazzetta, per le baracche dei fuggiaschi. Le pompe d'incendio tornavano indietro di gran trotto, col fracasso di carri d'artiglieria ; e in alto, dirimpetto, il vulcano tenebroso, dietro un gran tendone di cenere, lanciava in aria, con un rombo sotterraneo, getti di fiamme alti cinquecento metri.

Français

(Traduction)

Les habitants de Nicolosi davant l'église afin de conjurer les sort face à l'éruption de l'Etna. Tiré du journal l'Illustration du 30 juillet 1892. source Dominique Decobecq
La foule accourait des alentours, à pied, à cheval, en voiture, comme elle pouvait. Le long de la montée à travers la verdure des vignes, un dense nuage de poussière dessinait le zig-zag de la route. A chaque pas c’était une rencontre avec les charrettes, qui descendaient du village menacé, chargées de meubles, de denrées, de bois avec même des volets et les balustrades des balcons, tout le déménagement d’un village qui est sur le point de disparaître. Et, avec toutes ces affaires, sur les charrettes, à pied, des hommes et des femmes taciturnes partaient, portant sur leur cou des enfants somnolents, les visages embrasés par la chaleur et l’inquiétude. Dans les mas, dans les bourgades, le long du chemin, les habitants étaient sortis pour voir, les mains sur le ventre ; des vieilles femmes qui attachaient une image miraculeuse au montant de la porte ou au portail du jardin ; des garnements joyeux s’amusaient par terre ; et sur les portes grandes ouvertes des chapelles, la statue du saint patron, brillante sous le dais, comme un fantôme atterré, avec les cierges éteints, et, devant lui, des fleurs en papier. 

  A Torre del Grifo on déchargeait des charretées entières de planches et de tables sur la petite place, pour les baraquements des fugitifs. Les pompes à incendie faisaient demi-tour à toute allure dans un vacarme de chars d’artillerie ; et là-haut, juste en face, le volcan ténébreux, derrière un grand rideau de cendres, lançait dans les airs, avec un grondement souterrain, des jets de flammes hauts de cinq cents mètres.

Eruption au cratère Nord-Est de l'Etna, en 1986. Photo Dominique Decobecq

All'ingresso del paesetto era un ingombro straordinario di carri, cavalli, gente che gridava, e soldati col fucile ad armacollo, quasi l'avanguardia di un esercito in rotta. Si camminava su di una sabbia nera, fra due file di case smantellate, irregolari, cogli usci e le finestre divelte. La gente ancora affaccendata a portare via roba. Dal balcone di una casa nuova calavano gridando

- Largo ! -

un armadio monumentale. Una vecchierella stava a custodia di alcune galline, seduta su di un cesto, in un cortile ingombro di doghe e cerchi di botte. E qua e là, sulle porte senza uscio, vedevasi qualche povero diavolo che voltava le spalle alle stanzucce nude, aspettando colle mani in mano e il viso lungo, in silenzio, come nell'anticamera di un moribondo. Sul marciapiede del casino di compagnia erano schierate su due file di sedie alcune signore venute a vedere lo spettacolo, che si facevano vento, degli uomini che fumavano, un sorbettiere portava in giro dell'acqua fresca, il baldacchino del Santissimo appoggiato al muro, colle aste in fascio, e di faccia la chiesa spalancata, senza lumi, solo un luccichìo di santi dorati in fondo all'altare in lutto.
 Lassù dal campanile, sul chiacchierìo, sul frastuono, sui boati del vulcano, la campana che sonava a processione, senza cessare un istante.


A l’entrée du petit village, il y avait un encombrement extraordinaire de charrettes, de chevaux, de gens qui criaient, et des soldats avec le fusil en bandoulière, comme l’avant-garde d’une armée en déroute. On marchait sur le sable noir, entre deux rangées de maisons démantelées, irrégulières, avec les portes et les fenêtres arrachées. Les gens s’affairant encore à emporter des choses. Du balcon d’une maison neuve ils descendaient à grands cris

– Place ! –

une armoire monumentale. Une petite vieille restait à garder quelques poules, assise sur un panier, dans une cour encombrée de douves et de cerceaux de tonneaux. Ici et là, dans les embrasures sans porte, on voyait quelques pauvres diables qui tournaient le dos aux petites pièces nues, attendant les mains jointes et le visage exsangue, en silence, comme dans l’antichambre d’un mourant. Sur le trottoir du « cercle » des femmes venues voir le spectacle, étaient alignées sur deux rangs de chaises et elles s'éventaient, des hommes qui fumaient, un marchand de glace portait à l’entour de l’eau fraîche, le dais du Saint appuyé au mur, les montants en tas, en face l’église grande ouverte, sans lumière, seulement le scintillement des saints dorés au fond de l’autel en deuil. 
  Du haut du campanile, par-dessus le  bavardage, le vacarme et le grondement du volcan, la cloche qui annonçait la procession tintait sans répit.
 

Al Nord, verso l'Etna, lo stradone si allungava in mezzo a due file di ginestre arboree, formicolante di curiosi che andavano a vedere, ridendo, schiamazzando, chiamandosi da lontano, e gli strilli soffocati delle signore barcollanti sul basto malfermo delle mule, e il vociare di quelli che vendevano gasosa, birra, uova e limoni, sotto le baracche improvvisate. Via via che i più lontani giungevano sull'erta udivasi gridare :

- Ecco ! Ecco ! -

con un grido quasi giulivo ; di faccia, a destra e a sinistra, fin dove arrivava l'occhio, come il ciglione alto di una ripa scoscesa, nera, fumante, solcata qua e là da screpolature incandescenti, dalle quali la corrente di lava rovinava con un acciottolìo secco di mucchi immensi di cocci che franassero.

  A due passi le ginestre in fiore si agitavano ancora alla brezza della sera ; delle signore si stringevano al braccio del loro compagno di viaggio, con un fremito delizioso ; altri si sbandavano per le vigne, lungo la linea della corrente minacciosa, scavalcando muriccioli, saltando fossatelli, le donne colle sottane in mano, con un ondeggiare infinito di veli e d'ombrellini, mentre il crepuscolo moriva nell'occidente, e la marina in fondo dileguava lontana, nel tempo istesso che l'immensa fiumana di lava sembrava accendersi nell'orizzonte tetro. Dal paesetto perduto nell'oscurità giungeva sempre il suono delle campane, e un mormorìo confuso e lamentevole, un formicolìo di lumi che si avvicinavano, quasi delle lucciole in viaggio. Poi, dalle tenebre della via, sbucò una processione strana, uomini e donne scalzi, picchiandosi il petto, salmodiando sottovoce, con una nota insistente e lamentosa della quale non si sentiva altro che :

- Misericordia ! Misericordia ! -

  E sul brulicame nero e indistinto di quei penitenti, fra quattro torce a vento fumose, un Cristo di legno, affumicato, rigido, quasi sinistro, barcollante sulle spalle degli uomini che affondavano nella sabbia. «
 


Au nord, vers l’Etna, la route principale s’étendait au milieu de deux rangées de genêts, grouillante de curieux qui voulaient voir, riant, gesticulant, s’appelant de loin, et les cris suffoqués des femmes chahutées sur le bât mal assuré des mules, et les vociférations des nombreux vendeurs de limonade, de bière, d’œufs et de citrons, sous des baraques improvisées. Au fur et à mesure que les plus attardés arrivaient là-haut des cris jaillissaient 

– Voilà ! Voilà ! – 

comme des cris presque joyeux ; en face, à droite et à gauche, jusqu’où portait le regard, une haute lisière d’un rivage abrupt, noir, fumant, sillonné çà et là de crevasses incandescentes, desquelles le courant de lave s'épanchait dans un cliquetis sec comme d'immenses tas de tessons qui s'écroulent.

  A deux pas des genêts en fleurs s'agitaient encore dans la brise du soir ; des femmes se serraient au bras de leur compagnon de voyage, avec un frémissement délicieux ; d'autres s'éparpillaient dans les vignes, le long du courant menaçant, chevauchant des murets, sautant des fossés, les femmes avec leur jupe en main, avec un ondoiement infini de voiles et de petites ombrelles, tandis que le crépuscule mourait vers l'ouest, et la mer au fond disparaissait dans le lointain, en même temps l'immense flot de lave semblait s'embraser dans le sombre horizon. Du petit village perdu dans l'obscurité arrivaient toujours le son des cloches et un murmure confus et plaintif, un fourmillement de lumières qui s'approchaient, comme des lucioles en voyage. Alors, des ténèbres de la rue, jaillit une étrange procession, des hommes et des femmes pieds nus, se frappant la poitrine, en psalmodiant à voix basse, avec une note insistante et plaintive qui ne laissait entendre que :

- Miséricorde ! Miséricorde ! -

  Et au-dessus du fourmillement noir et indistinct des pénitents, entre quatre lampes tempête fumantes, un Christ de bois, enfumé, raide, presque sinistre, chancelant sur les épaules des hommes qui s'enfonçaient dans le sable.

Traduction : Arlette Lorenzi et Dominique Decobecq
 

Autre nouvelle de Giovanni Verga : Un 'altra inondazione

Lien pour le musée sur Verga :http://www.regione.sicilia.it/beniculturali/dirbenicult/musei2/verga.htm