La visite du Vulcano
par Guy de Maupassant
en 1890
La dernière éruption du Vulcano,
commencée en 1888, s’achève. Un promeneur solitaire ayant
lui aussi succombé au charme des volcans italiens, fait le récit
de son expérience. Avec ces quelques extraits tirés de la
“Vie
errante” Guy de Maupassant nous montre sa fascination pour le
volcan et pour la couleur jaune. Nous pouvons découvrir cette fascination
avec la montée de Maupassant au sommet de l'Etna.

“Le cône du Vulcano sort des
flots comme un volcan noyé jusqu’à sa tête. C’est un
îlot sauvage, dont le sommet atteint environ quatre cents mètres
et dont la surface est d’environ vingt kilomètres carrés.
Nous voici au fond d’une baie plate, en face du cratère qui fume.
C’est un îlot sauvage dont le sommet atteint environ 400 m et
dont la surface est d’environ 20 km2. On contourne, avant de l’atteindre,
un autre îlot, le Volcanello, qui sortit brusquement de la mer vers
l‘an 200 av. J.-C. et qu’une étroite langue de terre, balayée
par les vagues aux jours de tempête, unit à son frère
aîné.
Nous voici au fond d’une baie plate, en face du cratère qui fume.
A son pied, une maison habitée par un Anglais qui dort, paraît-il,
en ce moment, sans quoi je ne pourrais gravir le volcan que cet industriel
exploite : mais il dort, et je traverse un grand jardin potager, puis quelques
vignes, propriété de l’Anglais, puis un vrai bois de genêts
d’Espagne en fleur. On dirait une immense écharpe jaune, enroulée
autour du cône pointu, dont la tête aussi est jaune, d’un jaune
aveuglant sous l’éclatant soleil.
Et je commence à monter par un étroit sentier qui
serpente dans la cendre et dans la lave, escarpé, glissant et dur.
Parfois, comme on voit en Suisse des torrents tomber des sommets, on aperçoit
une immobile cascade de soufre qui s’est épanchée par une
crevasse.
On dirait des ruisseaux de féerie, de la lumière figée,
des coulées de soleil.
J’atteins enfin, sur le faîte, une large plate-forme autour du
grand cratère. Le sol tremble, et, devant moi, par un trou gros
comme la tête d’un homme, s’échappe avec violence un immense
jet de flamme et de vapeur, tandis qu’on voit s’épandre des lèvres
de ce trou le soufre liquide, doré par le feu. Il forme autour de
cette source fantastique, un lac jaune bien vite durci.
Plus loin, d’autres crevasses crachent aussi des vapeurs blanches qui
montent lourdement dans l’air bleu.
J’avance avec crainte sur la cendre chaude et la lave jusqu’au bord
du grand cratère.
Au fond de cette cuve immense appelée « la Fossa »,
large de cinq cents mètres et profonde de deux cents mètres
environ, une dizaine de fissures géantes et de vastes trous ronds
vomissant du feu, de la fumée et du soufre, avec un bruit formidable
de chaudières. On descend, le long des parois de cet abîme,
et on se promène jusqu’au bord des bouches furieuses du volcan.
Tout est jaune autour de moi, sous mes pieds et sur moi, d’un jaune aveuglant,
d’un jaune affolant. Tout est jaune : le sol, les hautes murailles et le
ciel lui-même. Le soleil jaune verse dans ce gouffre mugissant sa
lumière ardente, que la chaleur de cette cuve de soufre rend douloureuse
comme une brûlure. Et l’on voit bouillir le liquide jaune qui coule,
on voit fleurir d’étranges cristaux, mousser des acides éclatants
et bizarres au bord des lèvres rouge du foyer.
L’Anglais qui dort au pied du mont cueille, exploite et vend
ces acides, ces liquides, tout ce que vomit le cratère ; car tout
cela, paraît-il, vaut de l’argent, beaucoup d’argent. Je reviens
lentement, essoufflé, haletant, suffoqué par l’haleine irrespirable
du volcan ; et bientôt, remonté au sommet du cône, j’aperçois
toutes les Lipari égrenées sur
les flots. Là-bas, en face, se dresse le Stromboli,
tandis que, derrière moi, l’Etna gigantesque
semble regarder au loin ses enfants et ses petits-enfants.”

Un texte du géographe Elisée
Reclus (1865) sur sa découverte de Vulcano. Voir également
la description de Vulcano par Déodat
de Dolomieu (1781).