Le Laki ou LAKAGIGAR (Islande)

Latitude :  64,42 Nord
Longitude : 17° 33' Ouest
Altitude :  500 m

Le système volcanique du Laki ou  Lakagígar, est situé dans la zone principale du graben (qui correspond en fait à l'émmersion de la ride médio-atlantique, couplée avec la présence d'un point chaud) qui traverse l'ensemble de l'Islande. Ce graben présente dans sa moitié sud, une direction sud-ouest-nord-est, et  dans sa moitié nord, une direction nord-sud.
Le Laki se trouve au sud-ouest du plus important glacier d'Islande, le Vatjanökull (ce dernier recouvre des volcans comme le Bardarbunga ou le Grimsvotn).
Le Laki, qui culmine à  500 m d'altitude, est un volcan très particulier, c'est, en effet, un système éruptif fissural, comme le Krafla au Nord de l'Islande, qui s'est mis en place lors d'une éruption phénoménale, en 1783.

L'éruption de 1783

Le 8 juin 1783
La semaine précédant l'éruption, de nombreux séismes sont ressentis par la population et le  8 juin 1783, à 9 heures locales, une gigantesque fissure s'ouvre. L'éruption débute par un dynamisme de nature phréatique due à la présence de lacs le long de la fissure. Ensuite, les premiers jours, le dynamisme éruptif est de nature  hawaiienne avec d'énormes fontaines de lave. Cette lave très fluide et en relation avec le vent, toujours important dans cette région, produit une grande quantité de cheveux de Pelé (lave sous l’aspect de fil provenant d’un magma très fluide et que l’on trouve parfois près des bouches éruptives ; se sont des gouttes de lave très fluide qui sont étirées naturellement par le vent comme un verrier à Murano).
Certaine coulées de lave voient leur front de coulée qui atteint 60 km de longueur. Durant les cinquante premiers jours de l'éruption, cette fissure éruptive émet ainsi près de 10 km3 de lave, pour une surface de  370 km2. C'est un débit énorme, en effet, par comparaison l'éruption de l'Etna en 1983, connue pour ses tentatives de détournement émis 80 millions de m3(0,08 km3) en 132 jours. Le débit moyen pour le Laki durant cette période est d'environ  2 200 m3 par seconde, sur l'Etna le débit moyen d'un point d'émission de ces dernières années est de l'ordre de 1 à 2 m3.

Le 29 juillet 1783
Le 29 juillet intervint une seconde phase éruptive. Une nouvelle fissure s'ouvre au nord-est du Laki, et des coulées de lave dévalent  dans la vallée de Hverfisfljot. L'éruption s'acheva le 7 février 1784, et aura duré huit mois. La zone fissurale est longue de 25 km au total. Les coulées de lave ont recouvert une surface de 565 km2, pour un volume global, gigantesque, estimé à 12,3 km3.
L'éruption du Lakagigar est ainsi le plus important épanchement lavique des temps historiques dans le monde. En revanche, les cendres volcaniques si elles recouvrirent une surface de 8 000 km2, représentent un volume relativement faible, estimé à 0,3 km3.
Quatre phases principales d'activité se sont développées durant les deux périodes : il y a d'abord ouverture de la fissure, qui s'accompagne d'une phase explosive violente (projections de cendres) avec de hautes fontaines de lave, puis c'est l'émission de coulées de lave très fluide, avec la mise en place de petits édifices (de quelques mètres à 90 m de hauteur) le long de la fissure dû à l'accumulation des retombées de paquets de lave (genre spatter cone). C'est ainsi que l'on a 115 cratères et spatters cone (la plupart ont une hauteur de 40 à 70 m) alignés selon une direction sud-ouest nord-est. La lave émise au cours de cette éruption était une tholéiite pauvre en olivine.
 

Cette fissure n'a présenté qu'une seule éruption, comme d'ailleurs tous les autres systèmes volcaniques  du même genre en Islande, avec apparemment une seule exception l'Hekla. Le Laki ou Lakagígar est en fait parallèle à un autre système du même genre, le système fissural de Vatnaöldur dont l'éruption, datée à environ 6 500 ans B.P., est à l'origine du plus important épanchement lavique des temps post-glaciaires connu sur la Terre.

Les effets de l'éruption du Laki
 Cette éruption constitue la plus grande catastrophe historique survenue en Islande. Les dégâts matériels furent considérables au niveau de l'île. Mis à part quelques églises et fermes détruites ou endommagées par les coulées de lave, les effets les plus néfastes sont dus aux émissions de cendres et surtout  les gaz magmatiques. En effet,  c'est près de 24,5 millions de tonnes de soufre qui furent produit au cours de cet événement (SO2 principalement, en partie transformé en SO3). Cette valeur est sensiblement la même que celle avancée pour l'éruption du Tambora (Indonésie), en 1815 (26 x 106 t). Et l'on estime à 20 millions de tonnes de gaz carbonique émis. Cette pollution volcanique naturelle contamina, durant l'été 1783, les eaux de surface et l'essentiel des pâturages islandais. Ainsi, 11 000 bovins (50 %), 200 000 moutons (80 %), 28 000 chevaux (75 %) et les trois quarts des animaux sauvages périrent.

 Un autre effet de la pollution du Laki, apparaît dans l'assombrissement de l'atmosphère par les poussières volcaniques, comme cela se produisit au Pinatubo en 1991, au Krakatau, en 1883, et au Tambora en 1815. La visibilité était tellement mauvaise que toute l'activité de pêche fut interrompue. Aucune perte humaine ne fut causée directement par les coulées de lave, mais la population islandaise, à l'époque peu nombreuse, fut durement éprouvée. Entre 1783 et 1786, la mortalité fut de l'ordre de 22 % (environ 10 500 personnes) du fait d'une terrible famine, connue dans l'histoire islandaise sous la dénomination de « famine de la brume »,et des épidémies qui suivirent l'éruption. La même année une autre éruption se déroula dans l'hémisphère Nord, au Japon, celle du volcan Asama, le 5 août, qui accentua les effets de l'éruption du Laki.
 En Ecosse, 1783 fut qualifié d' « année des cendres ». Les poussières volcaniques et les gaz causèrent une brume bleuâtre qui s'étendit, durant l'été et l'automne 1783, sur la plus grande partie de l'Europe et sur les régions adjacentes de l'Afrique et de l'Asie. Certains disent que les famines qui s'en suivirent dans toute l'Europe et plus particulièrement en France furent le ferment d'émeutes, et un élément à considérer dans l'origine de la Révolution française en 1789.

Aller plus loin :
Pour découvrir l'Islande et aller plus loin sur cette terre volcanique, le site de Sebatián Nowenstein, un guide travaillent sur cette île :
http://www.lingua.is/mille et un lieux/mille_et_un_lieux.htm

Références : Roland Rabartin et Philippe Rocher (1993) : Les volcans, le climat et la Révolution française, mémoire de l'Association Volcanologique Européenne, n°1,56 p.