L'ETNA
(Sicile,
Italie)
L'Etna, dénommé
aussi Mongibello
(la Montagne des Montagnes), est l'un des volcans
les plus actifs au monde. Il domine de sa masse imposante la ville de Catane
et toute la côte Est de la Sicile, au Sud de l'Italie. Ce géant
qui a environ 45 km de diamètre à sa base, et cependant légèrement
allongé dans le sens Nord-Sud. Il culmine actuellement à
3 345 m d'altitude.
On peut d'ailleurs appréhender
sa forme massive depuis le théâtre
grec de Taormine où il constitue le fond de scène. L'Etna
s'y présente de loin comme un cône bien régulier. Cependant,
ce stratovolcan d'environ 1200 km2 a ses pentes constellées
par plus de 250 cônes volcaniques dits monogéniques (car issus
d’une unique éruption). De plus son flanc Est présente
une large échancrure : le Val del Bove.
Son sommet d'ou s'échappe
un nuage blanc de vapeur d’eau et de gaz avec parfois, lors d'une éruption
sommitale, un nuage de cendres témoigne que l'Etna est un volcan
actif. L’Etna est en fait un volcan récent. En effet, les premières
coulées de lave, qui sont visibles au bord de mer, notamment les
fameux rochers des Cyclopes, se sont épanchées il y a environ
300 000 ans. C’est avec le Stromboli, tout
proche, et avec l'Hekla et le Krafla, en
Islande,
le volcan d’Europe le plus actif.
D'un point de vue tectonique l'Etna se situe dans une zone à
la limite entre la plaque Afrique et la plaque Europe.
Véritable volcan laboratoire l'Etna attire
les volcanologues du monde entier qui viennent ausculter en direct les
fureurs de la Terre et tester leurs techniques d'analyses et de prévisions.
Le sommet de l’Etna (pour
voir la carte de l'Etna, réalisation John Murray) comporte actuellement
quatre cratères ou bouches qui se sont ouverts au cours du siècle
précédent : le cratère Nord-Est (1911), le cratère
central avec la Voragine (1945) et la Bocca Nuova (1968), et le grand dernier
: le cratère Sud-Est (1971). Ce dernier cratère est dénommé
depuis ses multiples phases paroxysmales de 1999-2000, le cône Sud-Est.
Le sommet, en l’occurrence le cratère Nord-Est, voit son altitude
se modifiée au gré des éruptions : 3 263 m en 1932
; 3 295 m en 1956 ; 3 323 m en 1964 ; 3 345 m en 1978, 3318 m en juin 1989
Mais il risque, si l'activité au cône Sud-Est se maintient,
d'être dépassé par le petit dernier. Si les
cratères montent en altitude ils s’agrandissent également.
Ainsi, la Bocca Nuova, qui n’était qu’un trou de quelques mètres
de diamètre lors de son ouverture, en 1968, est aujourd'hui un cratère
de plus de 300 m de diamètre. Dans un proche avenir le « diaphragme
», qui sépare la Bocca Nuova de l’autre cratère tout
proche, la Voragine, s’effondrera pour laisser place à un immense
cratère central.
Ces quatre cratères
sont "posés" sur un large replat qui se trouve vers 2 900 m. Cette
zone correspond à une caldeira , le cratère elliptique, qui
a été comblée par la succession des éruptions
sommitales.
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
Les éruptions
de l'Etna
Les géologues considèrent que l’activité historique
de l'Etna débute avec l'éruption de 122 av. J.-C et
la formation du cratère del Piano. Depuis, l'Etna a connu
des centaines d'éruptions. On peut distinguer quatre grands types
d'éruptions :
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
![]() |
peuvent engendrer des tunnels de lave. Ces tunnels peuvent devenir un risque car ils maintiennent toutes les propriétés rhéologiques de la lave à plusieurs km du point d'émission.
D'ailleurs la lave quand elle sort de ces tunnels se présente avec une morphologie de type pahoehoe, caractéristique d'une lave très fluide et très chaude comme on peut l'observer à Hawaii.


![]() |
![]() |
Nous prenons, comme exemple, deux éruptions
très différentes : l'éruption du 24 septembre 1986
et l'éruption de 1991-1992.
voir aussi le tableau des principales éruptions
de l'Etna depuis le XVIIe siècle : Tableau
des Eruptions de l'Etna.
L'éruption paroxysmale du 24 septembre 1986
En 1986, l'Etna était au repos, depuis
le mois de janvier, quand une nouvelle éruption débuta le
14 septembre dans le cratère Nord-Est.
Pendant les premiers jours son activité
attire de nombreux touristes.
— Le 23 septembre les volcanologues travaillant près du cratère ressentent et enregistrent de nombreux séismes inquiétants et observent l'intensification du phénomène explosif.Des bombes d'une tonne sont projetées à plus de 2 km d'altitude et retombent jusqu'à 3 km du sommet.
— Le 24 septembre au matin, la montagne montre une accalmie totale. En s'approchant, les volcanologues découvrent un changement important de la forme du cratère et de nombreuses fissures.
Ils préviennent les guides d'un risque éminent du changement d'activité et leur conseillent de ne plus s'approcher avec les touristes.
D'un seul coup, en fin de matinée, de la vapeur blanche commence à s'échapper du cratère.
— 12h30 on observe pendant 20 minutes un premier panache de cendres.
— 13h22 début d'une importante série d'explosions de cendres noires, qui durent chacune quelques minutes entrecoupées de phases de repos.
— 16h 47, les explosions deviennent beaucoup plus fortes et continues.
— 18h10 les bombes tombent à 300 m de la bouche d'émission ; les volcanologues s'enfuient pour se mettre en sécurité. (Cf. photos au-dessus)
— 18h30 les bombes montent à plus de 700 m de haut et retombent à 800 m du cratère.
— 18h45 la fontaine de magma s'élève à 1 000 m.
L'éruption latérale de l'Etna en 1991-1992
Après quelques mois de repos, l'Etna entre de nouveau en activité le 14 décembre 1991. Commençe la plus longue éruption de l’Etna du XXe siècle (473 jours).
— Le 15 décembre, une fissure s'ouvre à 2 300 m d'altitude sur les flancs du volcan dans la célèbre Valle del Bove. Une fracture, ayant la même orientation que celle de 1989, s’ouvre au pied du cratère Sud-Est ; successivement, à une altitude de 2 400 m, sur la paroi occidentale de la Valle del Bove, des bouches s'ouvrent et émettent des coulées de lave.
— Le 17 décembre, les laves descendent jusqu'à 1 600 m.
Des hélicoptères de l’armée américaine tentent d'obstruer le tunnel de lave en amont. Une ouverture est alors réalisée dans la voûte du tunnel principal. Les hélicoptères déposent près du bord des blocs de béton d'une tonne. Ceux-ci sont ensuite enchaînés les uns aux autres. Puis les techniciens essayent de les faire tomber à l'intérieur du tunnel de lave pour le boucher.— Le 25 décembre les coulées de lave menacent le village de Zafferana et son approvisionnement en eau.
Des bulldozers mettent en place des digues en terre afin de dévier la coulée et de protéger les habitations. La police installe des barrages pour décourager les curieux.
— Le 29 décembre. Le front de lave mesure 400 m de large et 10 m de haut. Une partie des structures d'approvisionnement en eau sont ensevelies. Des vergers sont menacés. On évacue quelques maisons isolées. Le débit journalier de la lave est estimé à 1 million de m3.
Les habitants de Zafferana s'inquiètent car la lave s'épanche de façon souterraine, dans des tunnels de lave ce qui conserve sa température et sa fluidité et lui permet de s'écouler très loin.
— Le 31 décembre elle descend jusqu'à 1 250 m d'altitude.Face à cette menace les autorités prennent la décision de construire une immense digue de terre.
— Le 3 janvier le front de lave descend jusqu'à 1 000 m.
En janvier et en février l'activité de l'Etna se maintient ; les coulées de lave s'écoulent toujours dans des tunnels de lave et ressortent un peu plus loin.
En mars, les coulées arrivent à 800 m d’altitude. Heureusement, elles se superposent et ne vont pas plus loin.
— Le 8 avril, la lave passe au-dessus du barrage construit durant le mois de janvier. Quelques jours plus tard la lave avance et, après avoir franchi d'autres barrages édifiés en toute hâte, atteint la côte de 750 m d'altitude.
— Le 9 mai la lave s'écoule rapidement et avance sur des vergers. Les habitants de Zafferana accusent l'état italien d'incompétences ; nous sommes en période électorale.
Les habitants d'un autre village, Milo, expriment leur mécontentement : ils ont peur que la coulée déviée descendent sur leur territoire. Les écologistes ont un autre avis, pour eux, lors d'une éruption la coulée de lave doit s'épancher naturellement sans aucune intervention de l'homme.
Les volcanologues imaginent d'autres moyens que les barrages et proposent d'endiguer la coulée à sa source. Des bulldozers essayent d'entamer le bord du tunnel, puis, des artificiers font sauter avec de la dynamite la paroi restante mais le chantier est perturbé par d'autres coulées de lave.
Bibliographie succincte mais incontournable sur l'Etna :
Guy Kieffer (1985) : Evolution structurale et dynamique d'un grand volcan polygénique : stades d'évolution et activité actuelle de l'Etna (Sicile). Thèse de doctorat d'Etat, Université de Clermont-Ferrand.
Valérie Michaud (1991) : L'enrichissement sélectif en K, Rb et Cs des laves récentes de l'Etna : rôle des fluides du système phréatique dans l'interaction magma - encaissant sédimentaire et implications sur les dynamismes éruptifs. Thèse de Doctorat, Université Paris XI - Orsay, 575 p.
Jean-Claude Tanguy (1980) : L'Etna, étude pétrologique et paléomagnétique, implications volcanologiques. Thèse de doctorat d'état, Université Pierre et Marie Curie.
Jean-Claude Tanguy et Giuseppe Patané (1998)
: L’Etna et le monde des volcans (Diderot éditeurs).
onde des olcans (Diderot éditeurs,
1998).