Etna  2006


Pour la première semaine juillet nous décidons d’aller sur l’Etna (durant la finale du Mondial il y a avait un risque, il est vrai). En arrivant, la Sicile se pare des couleurs italiennes pour se préparer à l’événement. En revanche, L’Etna semble calme, mais il est le plus souvent couvert de nuages rendant l’approche difficile avec les orages, et le casque est pratique pour se protéger des grêlons. C’est donc une fuite vers d’autres espaces, en l’occurrence le Stromboli. Le 15 juillet, de retour du Stromboli où les cieux étaient plus cléments, un bruit sourd, quasi continu s’entend depuis Zafferana. L’Etna s‘est réveillé la veille, le 14 juillet à 23h30 au pied du Sud-Est. Heureusement, les grondements de l’Etna nous rappellent son existence, car la météo n’est pas au beau fixe.
Nous décidons de monter le lendemain vers le Cratère Sud-Est. Le dimanche 16 juillet, dès 9 h, nous sommes à la funivia, mais le ciel est gris, aucune visibilité. Nous attendons avec ferveur une fenêtre de ciel bleu. Ce bruit lancinant et sourd du Sud-Est, traduisant peut être des explosions, agit comme les sirènes vis-à-vis d’Ulysse. Toujours pas de « culotte de gendarme » dans le ciel mais le cri du volcan est le plus fort. Nous décidons vers 10 h de prendre le téléphérique, puis de monter, depuis la station, à pied dans le brouillard vers le cratère Sud-Est. Juste avant d’arrivée à TDF, il faut quitter la piste et dans un brouillard épais se diriger aux sons de la corne de brune du cratère Sud-Est. La difficulté c’est que l’on ne connaît pas la véritable nature de l’éruption. Heureusement, le brouillard se lève parfois, durant quelques secondes, et permet d’entr’apercevoir jusqu’à une cinquantaine de mètres et d’avancer jusqu’à des points de repères que je me crée. C’est ainsi que je m’approche du lieu d’où sort le bruit de la forge de Vulcain.
Je découvre que le flanc Est du cratère Sud-Est est percé à mi pente par une boucle où les gaz magmatiques sortent avec violence et à l’origine du bruit très impressionnant. Au pied de cette bouche qui n’expulse pas de lambeaux de lave (pour l’instant) une coulée de lave descend dans le val del Bove. J’arrive enfin sous cette bouche et à côté de la coulée de lave. Je ne suis pas seul, semblable à des fantômes échappés de l’enfer, j’aperçois quelques personnes.
La bouche est à 3100 m et miracle, pendant 2 h les nuages s’écartent et le soleil éclaire le cratère Sud-Est. L’observation est donc facilitée et permet de voir que les explosions qui étaient à mon arrivée uniquement gazeuses sont au fil des minutes de plus en plus riche en lambeaux de lave. Nous passons à une activité strombolienne, avec des lambeaux de lave qui montent de plus en plus haut (50 à 100 m) et retombent aussi plus loin. La coulée de lave ne se laisse s’approcher qu’à 2-3 m maximum car le vent ramène toute la chaleur de la coulée vers le sud où je me trouve.
Vers 14 h les nuages masquent de nouveau le spectacle et les premières gouttes de pluies glissent sur ma veste. Il faut partir, je fais bien car au bout d’une dizaine de minutes c’est un déluge à la Noé. Heureusement, un bus de la funivia s’arrête et me prends.
Selon les observations du GNV la coulée dévalant dans le Val Del Bove avait déjà parcourue 1,7 km le 16 juillet Le débit estimé en fonction de la surface et de l’épaisseur supposée de la coulée donne pour les 36 premières heures de l’éruption un débit d’environ 2,6 m3.s-1. Le font de coulée arrivera au pied du Monte Centenari à 1800 m d’altitude et aura parcouru près de 3 km. L’éruption sera brève puisqu’elle s’arrêtera le 24 juillet.
Encore une fois l’Etna m’aura surpris et m’aura fait découvrir un autre aspect d’une éruption. Alors que des éruptions violentes se font quasi-sans bruit, celle-ci peu importante était surtout impressionnante par la clameur qui sortait du volcan.

Dominique Decobecq

Mes autres pages sur l'Etna :


Le sommet de l'Etna
Les éruptions de l'Etna
La flore de l'Etna
La valle del Bove
L'Etna et la littérature
Spéléologie sur l'Etna
L'Etna et les liens
Les laves de l'Etna
L'Etna en panoramique