Pour la première semaine juillet nous décidons
d’aller sur l’Etna (durant la finale du Mondial il y a avait un risque,
il est vrai). En arrivant, la Sicile se pare des couleurs italiennes pour
se préparer à l’événement. En revanche, L’Etna
semble calme, mais il est le plus souvent couvert de nuages rendant l’approche
difficile avec les orages, et le casque est pratique pour se protéger
des grêlons. C’est donc une fuite vers d’autres espaces, en l’occurrence
le Stromboli. Le 15 juillet, de retour du Stromboli où les cieux
étaient plus cléments, un bruit sourd, quasi continu s’entend
depuis Zafferana. L’Etna s‘est réveillé la veille, le 14
juillet à 23h30 au pied du Sud-Est. Heureusement, les grondements
de l’Etna nous rappellent son existence, car la météo n’est
pas au beau fixe.
Nous décidons de monter le lendemain vers le Cratère
Sud-Est. Le dimanche 16 juillet, dès 9 h, nous sommes à la
funivia, mais le ciel est gris, aucune visibilité. Nous attendons
avec ferveur une fenêtre de ciel bleu. Ce bruit lancinant et sourd
du Sud-Est, traduisant peut être des explosions, agit comme les sirènes
vis-à-vis d’Ulysse. Toujours pas de « culotte de gendarme
» dans le ciel mais le cri du volcan est le plus fort. Nous décidons
vers 10 h de prendre le téléphérique, puis de monter,
depuis la station, à pied dans le brouillard vers le cratère
Sud-Est. Juste avant d’arrivée à TDF, il faut quitter la
piste et dans un brouillard épais se diriger aux sons de la corne
de brune du cratère Sud-Est. La difficulté c’est que l’on
ne connaît pas la véritable nature de l’éruption. Heureusement,
le brouillard se lève parfois, durant quelques secondes, et permet
d’entr’apercevoir jusqu’à une cinquantaine de mètres et d’avancer
jusqu’à des points de repères que je me crée. C’est
ainsi que je m’approche du lieu d’où sort le bruit de la forge de
Vulcain.
Je découvre que le flanc Est du cratère
Sud-Est est percé à mi pente par une boucle où les
gaz magmatiques sortent avec violence et à l’origine du bruit très
impressionnant. Au pied de cette bouche qui n’expulse pas de lambeaux de
lave (pour l’instant) une coulée de lave descend dans le val del
Bove. J’arrive enfin sous cette bouche et à côté de
la coulée de lave. Je ne suis pas seul, semblable à des fantômes
échappés de l’enfer, j’aperçois quelques personnes.
La bouche est à 3100 m et miracle, pendant 2 h
les nuages s’écartent et le soleil éclaire le cratère
Sud-Est. L’observation est donc facilitée et permet de voir que
les explosions qui étaient à mon arrivée uniquement
gazeuses sont au fil des minutes de plus en plus riche en lambeaux de lave.
Nous passons à une activité strombolienne, avec des lambeaux
de lave qui montent de plus en plus haut (50 à 100 m) et retombent
aussi plus loin. La coulée de lave ne se laisse s’approcher qu’à
2-3 m maximum car le vent ramène toute la chaleur de la coulée
vers le sud où je me trouve.
Vers 14 h les nuages masquent de nouveau le spectacle
et les premières gouttes de pluies glissent sur ma veste. Il faut
partir, je fais bien car au bout d’une dizaine de minutes c’est un déluge
à la Noé. Heureusement, un bus de la funivia s’arrête
et me prends.
Selon les observations du GNV la coulée dévalant
dans le Val Del Bove avait déjà parcourue 1,7 km le 16 juillet
Le débit estimé en fonction de la surface et de l’épaisseur
supposée de la coulée donne pour les 36 premières
heures de l’éruption un débit d’environ 2,6 m3.s-1. Le font
de coulée arrivera au pied du Monte Centenari à 1800 m d’altitude
et aura parcouru près de 3 km. L’éruption sera brève
puisqu’elle s’arrêtera le 24 juillet.
Encore une fois l’Etna m’aura surpris et m’aura fait
découvrir un autre aspect d’une éruption. Alors que des éruptions
violentes se font quasi-sans bruit, celle-ci peu importante était
surtout impressionnante par la clameur qui sortait du volcan.
Dominique Decobecq
Mes autres pages sur l'Etna :
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